‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 53 sur 97 · SUA LES F^BS ET LES OG&ES · texte numérisé non relu

SUA LES F^BS ET LES OG&ES

droit, qu'elle y laissa la marque. On ajoute que, mécontente des habltans du canton , elle tarit les sources minérales qui remplissaient les creux des fées , et les fit couler à Évaux où elles sont encore.

On voyait près de Domremy V arbre des Fées; Jeanne d'Arc fut.méme accusée d'avoir eu des relations avec les fées qui venaient danser sous cet arbre. On remarque aussi, dans la petite tic de Concourie, à une lieue de Saintes , une haute butte de terre qu'on appelle le mont des Fées, La Bretagne est pleine de vestiges semblables. Plusieurs fontaines y sont encore consacrées à des fées , qui métamorphosent en or , en diamant, la main des indiscrets qui souillent l'eau de leurs sources. ^

On lit, dans la légende de saint Armentaire, écrite en Fan 1 3oo > quelques détails sur la fée Esterelle , qui vivait auprès, d'une fontaine où les Provençaux lui apportaient des oJETrandes. Elle donnait des breuvages enchantés aux femmes stériles. Le monastère de Notre- Dame de l'Esterel était bâti sur le lieu qu'avait habité cette fée. Notre fameuse Mélusine était encore une fée ; il y avait dans son' destin cette particularité qu'elle était obligée tous les samedis de prendre la forme d'un serpent, dans la partie inférieure de son corps. La fée qui épousa le seigneur d'Argouges, au commencement du quinzième siècle, l'avait, dit-on, averti de ne jamais

ET SUR MA MÈBE l'oYE. I I

parler de la mort deyant elle ;: mais un jour ({u'eHe s'était fait long-tems ïiltendre, son mari y impatienté, lui dit qu'elle serait bonne à aller chercher la mort. Aussitôt la fée disparut , en laissant les. traces de ses mains sur les murs , contre lesquels elle frappa plusieurs fois de dépit. C'est depuis ce tems que la noble maison d'Ârgouges porte dans ses armes trois mains posées en pal y et une fée pour cimier. L'époux de Mélusine la vit également disparaître , pour n'avoir pu vaincre la curiosité de la regarder à travers la porte , dans sa métamorphose du samedi.

Nous irions trop loin si nous voulions rapporter toutes les traditions de ce genre. Il est tems de dire un mot des ogres. Sauf le nom , ces monstres étaient connus des anciens. Polyphème , dans V Odyssée , n'est autre chose qu'un ogre i on trouve des ogres dans les Voyages de Sindbad le Marin ^ et un autre passage des Mille et Une Nuits prouve que les ogres ne sont pas étrangers aux Orientaux. On voit ^ dans le conte du Visirpuni, un jeune prinoe égaré qui ren>contre une dame, laquelle le conduit à sa masure, où elle dit en entrant : u Réjouisses-vous , mes fils , yct vous amène un garçon bien fait et fort gras. Maman ^ Inondent les enfans , où est-il que nous le mangions, car nous avons bon appétit? y^ Le prince reconnaît alors que la dame , qui se disait fille du roi des Indes,

Page 1