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n est une ogresse , femme de ces démons sauvages, rt qui se retirent dans des lieux abandonnés y et 9) se servent de mille irises pour surprendre et dém vorer les passans î d comme les ayrènes qui , selon quelques mythologues y étaient trèsHcertainement des ogresses.
C'est à peu près l'idée que nous nous faisons de ces êtres effroyables. Les ogres, dans nos opinions, tenaient des trois natures , humaine , animale et infernale. Ils n'aimaient rien tant que la chair fraîche > et les petits enfans étaient leur plus délicieuse pâture. Le Drac, si redouté dans le Midi, était un ogre qui avait son repaire aux bords du Rhône, où il se nourrissait de chair humaine.
Il parait que cette antropophagie est ancienne dans nos contrées , car le chapitre 67 de la loi sali que prononce une amende de deux cents écus, contre tout ogre ou strige qui aura mangé un homme. Quelquesuns font remonter l'existence des ogres jusqu'à Lycaon, ou du moins à la croyance où l'on était autrefois que certains sorciers se changeaient en loups, dans leurs orgies nocturnes , et mangeaient , au sabbat , la chair des petits enfans qu'ils, pouvaient y conduire. On ajoutait que, quand ils en avaient mangé une fois, ils en devenaient extrêmement friands , et saisissaient ardemment toutes les occasions de s'en repaitre : ce
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qoî est bien le naturel qu'on donne h l'ogre. On voit une multitude d'horreurs de ce genre dans les procès des sorciers ; on appelait ces ogres des loups-garous ; et y dans Torigine , le loup du Petit Chaperon Rouge n'est pas autre chose.
Venons maintenant à ma mère TOye. On appelle Contes de ma Mère V Oye, tous les anciens contes bleus de ces tems où les bétes parlaient, où les fées vivaient avec les hommes. Ce titre de Contes de ma Mère f Oye s0 donne surtout aux contes de Charles Perrault. Dans V Horoscope des Cendrillons , vaudeville joué à la Gaitéy en 1810, on voit figurer la Mère l'Oye > c'est aussi l'un des personnages du Magasin de Chaperons, vaudeville représenté en 1818; et deux pièces, comme nous l'avons dit, ont porté le titre de Contes de ma Mère VOye. Voici l'analyse de celle de Dufresny :
a II était un prince d'une coudée et demie de haut, 4ti'on surnomma Croquignolet^ à cause de quantité de batailles qu'il avait gagnées à coups de croquignoles. Il avait épousé l'infante Bichette, surnommée l'CSal-'poché , à cause d'un coup de poing ^'11 lui donna le premier jour de ses noces. Croquignolet eut, de l'infante, une fille belle comme le jour, et dont il était si raffolé, qu'il passait les jours et les nuits à la bercer; car c'était le premier
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prince du monde , et qui avait les plus beaux talens pour endormir les petits enfans.
n II arriva qu'un jour y Croquignolet allant à la cliasse aux dindons y il en prit un par la barbe > mais il fut tout surpris d'y voir une fée k cheval y qui lui dit qu^un ogre allait lui dérober sa fiUe. Croquignolet 9* épouvanté, fit enfermer sa fille dans une grande. tour de fer. Mais Fogre, qui en était amoureux , 3e fit faire une bague d'aimant avec laquelle il attirait la tour, et s'en fsiidait suivre comme d'un barbet. Il prit des bottes de sept lieues pour n'être point attrapé. On le poursuivit pendant cinq ans. Cependant l'honneur de la princesse était encore intact; et l'ogre, qui voyait qu'elle ne voulait pas Fépouser, allait la manger avec son amant, quand la fée qui protège l'honneur des filles^ vint la délivrer, n
On peut remarquer dans cette pièce quelques idées des Contes de Perrault , mais rien sur ma Mère l'Oye. On a faiit peu de redierches sur cet être singulier. Les savans quie nous avons consulté ne nous ont rien pu dire. Mais il semble qu'on trouve l'origine de la Mère l'Oye dans les rechorohes de Bullet , sur la reine Pédauçue. On voyait, aux portails de Sainte-Marie de Nesle , dans le diocèse dé Troyes , de Saint-Bénijgnie de Dijon, de Saint-^Pierre .de Nevers , de Saint-Pour-
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çainen Auvergne^ et devant beaucoup d'autres églises, la statue d*une reine qui avait un pied d'oie, et qui pour cela était appelée la reine Pédauqne. Mabillon dit que c'est sainte Clotilde, mais sans en donner au-> cane preuve. Montfaucon prétend qu'il faut clierclier le pied d'oie dans les chroniques^ postérieures à Clo^ tilde : elles sont pleines, en effet, d'histoires monstrueuses ^ mais on n'y trouve rien qui ait le moindre rapport avec l'objet qui nous occupe. D'ailleurs la princesse au pied d'oie n'est nulle part si connue que dans le Languedoc, qui ne fut réuni à la France qu'en i36i.
L'abbé Lebœuf pense qu'on trouverait à Toulouse l'origine de ce nom bizarre. Il cite un passage de Rabelais, qui dit de certaines personnes, ayant lé pied large a : Elles étaient largement pâtées , comme t) sont les oies, et comme jadis à Toulouse le por- » tait la reine Pédauque. n Un passage des contes d'Eutrapel nous apprend aussi que, de son tems, on jurait par la quenouille de la reine au pied d'oie. L'abbé Lebœuf conclut de là, assez singulièrement, que la reine Pédauque est la reine de Saba ; et il appuie son sentionent de oe conte du Targum de Jérusalem : u La reine de Saba aimait tellement le bain , A qu'elle se plongeait tous les jours dans la mer. T) Lorsqu'eBe vint visiter S^lomon , il la reçut dans
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D uu appartement de cristal. La reine de Saba > en y
yt entrant y s'imagina qne le prince était dans l'eau, et
n pour se mettre en état de passer , elle leva sa robe >
it alors le roi , voyant ses pieds qui étaient hideux :
7> Votre visage , dit41 , a tous les charmes des plus )> belles femmes ; mais vos jambes et vos pieds n'y ré-
n pondent guère, v
Il suffit de faire observer que ce conte est hébreu ; et qu'Arnaud de Villeneuve, qui vivait au commencement du quatorzième siècle, est le premier, chez nous, qui ait su l'hébreu. Or, les statues et le conte de la reine au pied d'oie sont bien plus anciens en France.
Il me semble, dit enfin BuUet, qu'un événement du onzième siècle est la source de ce vieux conte. Le bon roi Robert avait épousé, comme on sait, Berthe,sa parente. Grégoire V l'obligea de la quitter , et lui imposa une pénitence de sept ans. Comme il aimait Berthe , et qu'il n'obéit pas , il fut excommunié. Tout le monde l'abandonna y il ne lui restait que deux domestiques qui osassent l'approcher. Cependant la reine Berthe était grosse. Abbon, abbé de Fleury , lui apporta l'enfant dont on prétendit qu'elle venait d'accoucher : c'était un petit monstre qui ressemblait un peu à un canard mal conformé, ou, selon d'autres, à une oie. Le roi, épouvanté', répudia Berthe, qui
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pourtant ne quitta pas le titre de reîne« Mais on pubUa avec horreur qu'elle avait enfanté une oie^ et qa'ell&HDiéme avait une patte d'oie , en ménioire^t cbâtîment de sa fécondité criminelle. Son nom de Bertiie dut même favoriser ce conte dans l'esprit du peuple. On se rappelait que la fenmie de Pepin—le- Bref ^ Berthe ou Bertrade y avait été surnommée JBerthe au grand pied, parce qu'elle avait un pied plus grand que l'autre; on appela l'épouse répudiée de Kobert, Berthe au pied d'oie.
Peut-<etre aussi qu'on imagina cette fable pour flatter la reine Constance qui lui succéda > car c'était le tems de la crédulité et des superstitions. Constance alla à Toulouse > on la logea devant un aqueduc si étroit, qu'un homme n'y pouvait passer. Pour amuser la princesse,- on lui dit que c'était le pont de la reine oie, de la reine au pied d'oie. On embellit ensuite cette circonstance , et on imagina de dire que la reine Pédauque était de Toulouse.
Un homme , dans Eutrapel , jure par là quenouille de la reine Pédauque de Toiilouse ; et ce qui doit porter à croire que c'est la reine Berthe, c'est ce proverbe qui s'est conservé parmi nous , et qui désigne un vieux conte incroyable, en disant qu'il est du tems que la reine Berthe JUait. Or , dans toutes les vignettes qui accompagnent les Contes de Perrault , la
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mère l'Oye est représentée filant à la quenouille, au milieu de quelques enfans dont elle captive l'attention par ses contes. Comme le siècle du roi Robert est trèsfécond en merveilles et en prodiges , comme c'est en- ' core le beau tems des fées et des ogres , qu'on y voit des loups-garous , des enchanteurs , des magiciennes, des châteaux enchantés , et surtout des miracles sans nombre^ on s'est accoutumé à dire d'un conte extravagant : C'est un conte de la reine Oie ^ ou de ma mère l'Oye ; de même qu'on dit d'une chose absurde, qu'elle est du tems où le roi Robert chantait au lutrin. Il est possible que nous nous soyons trompés dans quelques-unes de ces assertions. Mais du moins nous avons ouvert la carrière des recherches sur des matières intéressantes et curieuses, dont il est étonnant qu'on ne s'occupe pas davantage; car elles remplissent d'heureux în$tans dans notre vie, qui ne s'embellit souvent que de fictions et de chimères*
COLLIN DE PlANCY.