LIVRE I. XV
laire, et qu'un homme comme lui ne devait pas, pour si peu de chose, cesser d'être utile à TÉglise, soit en préchant, soit eu ccmfessant, soit en assistant à des conférences ecclésiastiques. A tout cela, il faisait une réponse bien chrétienne et bien sensée : « Dieu, disait-il, n'a que faire de moi pour toutes les choses dont tous me parlez , et je ne dois songer qu'à la seule dont il m'a chargé. Il m'a fait, par sa grâce, docteur de Sorbonne , et je me regarde, en cette qualité , comnte une sentinelle posée pour empêcher qu'il ne passe rien contre la vérité. Je n'ai que cela à faire , et je ferai beaucoup si je m'acquitte bien de cette commission : Dieu pourvoira â tout le reste. » Je me suis servi de cette pensée , dans l'éloge de M. Âmauld, où elle est très-juste et tout-à-fait à sa place. Je puis dire que ce docteur était un très-homme de bien , mort trop jeune pour sa famille et pour le public* Il n'a jamais voulu de bénéfices : et tonte son ambition était d'être professeur de théologie en Sorbonne.
Bans le tems que l'on s'assemblait en Sorbonne , pour condamner M. Arnauld , mes frères et moi , M. Pépin et quelques autres amis encore , voulûmes savoir à fond de quoi il s'agissait Nous priâmes mon frère le docteur de nous en instruire : nous nous assemblâmes tous au logis de (eu mon père , où mon frère le docteur nous fit entendre que toutes les questions de la grâce , qui faisaient tant de bruit, roulaient sur un pouvoir prochain et sur un pouvoir éloigné , que la grâce donnait pour faire de bonnes actions. L«s uns disent qu'à la vérité , lorsque saint Pierre pécha , il n'avait pas la grâce qui donne le pouvoir prochain de bien faire , mais qu'il avait la grâce qui donne le pouvoir éloigné , laquelle ne fait jamais faire là bonne action , mais en donne seidement la puissance, et qu'ainsi M. Amauld
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avait eu tort d*avan£er qu on trouvait en saint lierre un juste, h qui la grâce , sans laquelle on ne peut rien, ayaic manqué , parce que saint Pierre avait en lui la grâce qui donne le pouvoir éloigne de bien faire. Les autres soutenaient que le pouvoir éloigné ne produisant jamais la bonne aciion , et saint Pierre n'ayant point eu la grâce qui la produit , M. Amauld n'avait point mal parlé , quand il avait dit que la gr^ce , sans laquelle on ne peut rien , lui avait manqué , puisqu'à parler raisonnablement , le pouvoir , qui ne produit jamais son effet , n'est point un vrai pouvoir. Nous vîmes par là que la question méritait peu le bruit qu'elle faisait. Mon frère le receveur raconta cette conférence à M. Yitart , intendant de M. le duc de Luynes, qui demeurait à Port-Royal , et lui dit que messieurs du Port-Royal devaient informer le public de ce qui sç passait en Sorbonne , contre M. Arnauld , afin de le désabuser de la croyance où il était qu'on accusait M. Amauld de choses fort atroces. Au bout de huit jours , M. Yitart vint au logis de mon frère le receveur , qui demeurait avec moi dans la rue Saint-François , au Marais , et lui apporta la première lettre Provinciale, de M, Pascal. « Voilà, lui dit-il, en lui présentant cette lettre , le fruit de ce que vous me dites^ il y a huit jours. » (iette lettre , qui ne parle que du poovoir prochain et du pouvoir éloigné de la, grâce, en attira une seconde , et celle-là une autre , jusqu'à la dix-huitième, qui est la dernière des Provinciales. Voilà quel en a été le sujet et Torlglne.
Reprenons le fil de notre discours. Au mois de juillet de Tannée i65i , j'allai prendre des licences à Orléans, avec M. Varet, depuis grand-vicaire de monseigneur l'archevêque de Sens, et avec M. Monjot qui vit encore. On n'était pas en ce tems-là si difficile qu'aujourd'hui à donner