‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 72 sur 97 · PEAU-D'ANE · texte numérisé non relu

PEAU-D'ANE

Il est des gens , de qui l^esprit guindé ,

Sous un front jamais déridé,

Ne souffre , n'approuve et n'estime

Que le pompeux et le sublime.

Pour moi , j'ose poser en fait , Qu'en de certains momens l'esprit le plus parfait Peut aimer, sans rougir, jusqu'aux marionnettes ,

Et qu'il est des tems et des lieux

Où le grave et le sérieux Ne valent pas d'agréables sornettes.

Pourquoi faut-il s'émerveiller

Qae la raison la mieux sensée ,

Lasse souvent de trop veiller,

Par des contes d'ogre < et de fée ,

Ingénieusement bercée ,

Prenne plaisir k sommeiller ?

Sans craindre donc qu'on me condamne

De mal employer mon loisir , Je vais , pour contenter votre juste désir , Vous raconter au long l'histoire de Peau-d'Ane.

' Homme sauvage , qui mangeait les petits enfans.

( Note de i* Auteur, )

176 peau-d'ane.

Il était mie fois un roî ,

Le plus grand qui fût sur la terre ,

Aimable en paix , terrible en guerre ,

Seul enfin comparable à soi.

Ses voisins le craignaient , ses états étaient calmes ,

£t l'on voyait de toutes parts

Fleurir à l'ombre de ses palmes

Et les vertus et les beaux-arts.

Son aimable moitié , sa compagne fidèle ,

Etait si cbarmante et si belle , Avait l'esprit si commode et si doux ,

Qu'il était encore avec elle

Moins heureux roi qu'heureux époux.

De leur tendre et chaste hyménée ,

Plein de douceur et d'agrément , Avec tant de vertus une fille était née ,

Qu'ils se consolaient aisément De n'avoir pas de plus ample lignée.

Dans son vaste et riche palais

Ce n'était que magnificence ; Partout y fourmillait une vive abondance

De courtisans et de valets.

Il avait dans son écurie Grands et petits chevaux de toutes les façons ^

Couverts de beaux caparaçons

Roides d'or et de broderie ; Mais ce qui surprenait tout le monde en entrant ,

C'est qu'au lieu le plus apparent , Un mahre âne étalait ses deux grandes oreilles.

Cette injustice vous surprend ; Mais lorsque vous saurez ses vertus nonpareiiles , Vous ne trouverez pas que l'honneur fût trop grand.

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