‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 75 sur 97 · A MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE

En vous offrant , jeune et sage beauté , Ce modèle de patience ,

a3o GAISELIDIS.

Je ne me suis jamais flatté Que par vous, de tout point, il serait imité ; (7en serait tropi en conscience.

Mais Paris , où lliomme est poil , Où le beau sexe , né pour plaire ^ Trouve son bonheur accompli , De tous côtés est si rempli D^cxemples du vice contraire , Qu^on ne peut v ^n toute saison , Pour s'en garder ou s^en défaire ^ Avoir trop de contre-poison.

Une dame aussi patiente Que celle dont ici je relève le prix , Serait partout une chose étonnante; Mais ce serait un prodige à Paris»

Les femmes y sont souveraines, Tout s'y règle selon leurs vœux ; Enfin , c*est un climat heureux Qui n'est habité que de reines.

Ainsi je vois que , de toutes (açoiis ,

Grisclidis y sera peu prisée , Et qu'elle y donnera matière de risée

Par ses trop antiques leçons.

Ce n'est pas que la patience Ne soit une vertu des dames de Paris :

Mais par un long usage , elles ont la science De la faire exercer par leurs propres maris.

Ce joli conte est tiré du Décaméron de Boccace ; C' est le dernier de la dixième journée. Perrault Tavait lu dans la traduction naïve de Lemaçon , dont il avait été détaché pour faire partie de la Bibliothèque Bleue.

On Ta mis quelquefois à la scène ; mais il n'y a que la Griselda, opéra italien ^ joué à Paris en 1811 pour la première fois , qui ait surnagé. La comédie héroiVpie de GriseUde, donnée sous Tanonyme aux Italiens , en 1791 ^ eut très-peu de succès; et le mélodrame de Griselidis, ou ia Vertu à Vépreiufe ^ par M. Noël, représenté en i8o4- à l'Ambigu-Comique , ne se joue plus depuis long-tems.

Imbert a inséré, à la fin de son recueil de fabliaux, une imitation du même conte , sans ôter le charme de celle de Perrault.

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