‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 76 sur 97 · LES SOUHAITS RIDICULES · texte numérisé non relu

LES SOUHAITS RIDICULES

1^ I VOUS étiez moins raisonnable ,

Je me garderais bien de venir vous conter La folle et peu galante fable Que je m'en vais vous débiter.

One aune de boudin en fournit la matière :

Une aune de boudin , ma chère ?

Quelle pitié ! C^est une horreur , S'écriait une précieuse , Qui , toijjours tendre et sérieuse ,

Ne veut oiAr parler que d'aflaires de cœur.

Mais vous qui , mieux qu ame qui vive y Savez charmer en racontant ,

Et dont l'expression est toujours si naïve , Que Ton croit voir ce qu'on entend ; Qui savez que c'est la manière Dont quelque chose est inventé , Qui , beaucoup plus que la matière , De tout récit fait la beauté ;

Vous aimerez ma fable et sa moralité .

J'en ai , j'ose le dire , une assurance entière.

Il était une fois un pauvre bûcheron Qui , las de sa pénible vie ,

LES SOUHAITS RIDICULES. !l33

Avait, disait-il, grande envie De s^aller reposer am bords de l^Achéron , Représentant , dans sa douleur profonde ,

Que , depuis qui! était au monde ,

Le ciel cruel n^avait jamais Voulu remplir un. seul de ses souhaits '.

Un jour que , dans le bois , il se mit à se plaindre , A lui, la foudre en main, Jupiter apparut ;

On aurait peine à bien dépeindre

La peur que le bonhomme en eut.

Je ne veux rien , dît-il en se jetant par terre ,

Point de souhaits , point de tonnerre ,

Seigneur ; demeurons but à but.

Cesse d^avoir aucune crainte ; Je viens , dit Jupiter , touché de ta complainte ,

T mettre fin , et pour jamais \

Ekroute donc. Je te promets , Moi, yû du monde entier suis le souverain maître , D^exaucer pleinement les trois premiers souhaits Que tu voudras former sur quoi que ce puisse être :

Vois ce qui peut te rendre heureux ,

Vois ce qui peut te satisfaire ;

' VARiAvrrB.

Car enfin , malheureux depuis qu*ii est au monde ,

L*injuste ciel a-t-il jamais Accordé quelque trêve à sa douleur profonde ? A-t-il daigné remplir un seul de tes souhaits ?

' Variants.

Je viens , dit Jupiter , touché de ta complainte , Te ^ire voir le tort que tu me fais.

a34 LES SOUHAITS RIDICULES.

Et comme ton bonheur dépend tout de tes vœm , Songes-y bien avant qoe de les (aire.

A ces mots, Jupiter dans les cienx remonta; Et le gai bAcheron« embrassant sa &loiirde, Poor retoomer chez lui, sur son dos la jeta.

Cette charge jamais ne loi parut moins lourde. Il ne dut pas , disait-il en trottant , Dans tout ceci rien faire à la légère ;

Il faut, le cas est important.

Prendre Tavis de notre ménagère.

Ça , dit-il , en entrant sons son toit ifi fougère , Faisons, Fanchon, grand feu, grand^chère, Nous sommes riches à jamais , Et nous n^avons qu^à faire des souhaits.

Làr-dessus, tout au long, le fait il lui raconte.

A ce récit, Tépouse, vive et prompte.

Forma , dans son esprit , mille vastes projets ; Mab , considérant Timportance De s y conduire avec prudence :

Biaise , mon cher ami , dit-elle à son époux , Ne gâtons rien par notre impatience ;

Examinons bien entre nous Ce qu^il faut faire en pareille occurrence ' ,

' Variawte.

Là-deMiu f Biaise lai racoalc Le fait dont il s*agit : IVpouse, vive et prompte Forme, sur ce rëcit, mille vastes projets.

Ne gâtons rien par notre impatience , Mon cher ami , dit-elle à son e'poiix ; Examinons bien entre nous Ce que nous devons faire en pareille occurrence.

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