LES SOUHAITS RIDICULES
1^ I VOUS étiez moins raisonnable ,
Je me garderais bien de venir vous conter La folle et peu galante fable Que je m'en vais vous débiter.
One aune de boudin en fournit la matière :
Une aune de boudin , ma chère ?
Quelle pitié ! C^est une horreur , S'écriait une précieuse , Qui , toijjours tendre et sérieuse ,
Ne veut oiAr parler que d'aflaires de cœur.
Mais vous qui , mieux qu ame qui vive y Savez charmer en racontant ,
Et dont l'expression est toujours si naïve , Que Ton croit voir ce qu'on entend ; Qui savez que c'est la manière Dont quelque chose est inventé , Qui , beaucoup plus que la matière , De tout récit fait la beauté ;
Vous aimerez ma fable et sa moralité .
J'en ai , j'ose le dire , une assurance entière.
Il était une fois un pauvre bûcheron Qui , las de sa pénible vie ,
LES SOUHAITS RIDICULES. !l33
Avait, disait-il, grande envie De s^aller reposer am bords de l^Achéron , Représentant , dans sa douleur profonde ,
Que , depuis qui! était au monde ,
Le ciel cruel n^avait jamais Voulu remplir un. seul de ses souhaits '.
Un jour que , dans le bois , il se mit à se plaindre , A lui, la foudre en main, Jupiter apparut ;
On aurait peine à bien dépeindre
La peur que le bonhomme en eut.
Je ne veux rien , dît-il en se jetant par terre ,
Point de souhaits , point de tonnerre ,
Seigneur ; demeurons but à but.
Cesse d^avoir aucune crainte ; Je viens , dit Jupiter , touché de ta complainte ,
T mettre fin , et pour jamais \
Ekroute donc. Je te promets , Moi, yû du monde entier suis le souverain maître , D^exaucer pleinement les trois premiers souhaits Que tu voudras former sur quoi que ce puisse être :
Vois ce qui peut te rendre heureux ,
Vois ce qui peut te satisfaire ;
' VARiAvrrB.
Car enfin , malheureux depuis qu*ii est au monde ,
L*injuste ciel a-t-il jamais Accordé quelque trêve à sa douleur profonde ? A-t-il daigné remplir un seul de tes souhaits ?
' Variants.
Je viens , dit Jupiter , touché de ta complainte , Te ^ire voir le tort que tu me fais.
a34 LES SOUHAITS RIDICULES.
Et comme ton bonheur dépend tout de tes vœm , Songes-y bien avant qoe de les (aire.
A ces mots, Jupiter dans les cienx remonta; Et le gai bAcheron« embrassant sa &loiirde, Poor retoomer chez lui, sur son dos la jeta.
Cette charge jamais ne loi parut moins lourde. Il ne dut pas , disait-il en trottant , Dans tout ceci rien faire à la légère ;
Il faut, le cas est important.
Prendre Tavis de notre ménagère.
Ça , dit-il , en entrant sons son toit ifi fougère , Faisons, Fanchon, grand feu, grand^chère, Nous sommes riches à jamais , Et nous n^avons qu^à faire des souhaits.
Làr-dessus, tout au long, le fait il lui raconte.
A ce récit, Tépouse, vive et prompte.
Forma , dans son esprit , mille vastes projets ; Mab , considérant Timportance De s y conduire avec prudence :
Biaise , mon cher ami , dit-elle à son époux , Ne gâtons rien par notre impatience ;
Examinons bien entre nous Ce qu^il faut faire en pareille occurrence ' ,
' Variawte.
Là-deMiu f Biaise lai racoalc Le fait dont il s*agit : IVpouse, vive et prompte Forme, sur ce rëcit, mille vastes projets.
Ne gâtons rien par notre impatience , Mon cher ami , dit-elle à son e'poiix ; Examinons bien entre nous Ce que nous devons faire en pareille occurrence.