‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 78 sur 97 · GUERI PAR LA CIGOGIHE · texte numérisé non relu

GUERI PAR LA CIGOGIHE

OU

L'IHGRAT PARFAIT '.

Utï oiseau, non de ces oiseaux De noble instinct, de beau plumage, Qui savent mille chants nouveaux , Qui , le long d'un sombre bocage ,

' Ce cont€ Q*a été poblU jusquUcî que dans les remarques cribqaes de Joly, sur le] dictionnaire de Bayle. Il le trouva dans les mémoires manuscrits de M. de la Mare , conseiller au parlement de Dijon, lu voici le sujet : Boileau ayant étë traité avec beaucoup de soin etdamitié f dans une longue et dangereuse maladie , par son ami Claude Perrault ( frère de Charles ) , médecin , qui avait aussi du goÀt poar l'architecture , fit, contre lui, en tête du quatrième chant de l^Art Poétique , àtB vers qui commencent par celui-ci :

Dans Floreoce jadis Tivait un médecîii , etc.

Claude Perrault s*en trouva offensé, et lui ou son frère Charles, ou peut-être tous les deux , y répondirent par la fable qu^on vient de lire, à laquelle Boileau répliqua par la première de sts épigrammes:

Oui , j*ai dit , dans mes vers , qa^un célèbre assassin , etc.

Cette conduite est d'autant plus odieuse dans Boileau , que Tapologue de PerrauR%*ét«il pas imprimé. D'ailleurs, nous devons ï i*objet de sa safire la colonnade du Louvre.

t£ CORBEAU GUÉRI PAR LA CIGOGN£. !2^3

Joignent an murmure des eaux

Le plus agréable ramage ;

Mais un oiseau de brigandage ,

Malencontreux , noir et vilain ,

Qui , volant sur une prairie ,

Belle , verdoyante et fleiude ,

Sans la voir la passe soudain

Pour aller dans quelque voirie

Assouvir sa cruelle faim :

Pour le dire en moins de langage ^

Un corbeau , venant du carnage ,

Fut , criant , se réfugier

Vers la cigogne, douce et sage.

J'étouffe , disait-il , j'enrage ;

Un os me bouche le gosier ,

Je n'en puis dire davantage.

La cigogne , experte à l'ouvrage ,

Vite , et sans se faire prier ,

Lui retira l'os du passage ;

Et d'être moins âpre au carnage ,

Avertit l'oiseau carnassier.

Il lui promit ; mais à sa guise ,

Son mauvais destin le mattrîse.

Cet incorrigible animal

S'attire encor le même mal ,

Et recourt au même remède.

La cigogne , ainsi par deux fois ,

Au besoin lui prête son aide :

Mais d'un bienfait d'un si grand poids ,

Voyons le fruit qui lui succède.

Un jour , le glouton envieux

La vit sur une métairie ,

a44 ^^ CORBEAU

Bâtir un lit, grand, spacieux y De la plus belle symétrie Qui se vit jainais aoviB les deux.

Quoi donc ! dit-il avec furie.

Je ne saurai que croasser , Qoe déchirer , mordre et pincer ^ Aux passans dire des injures , Et les plus vilaines ordures ; Et la cigogne en même tems , Portant bonheur à sa patrie , Et pieuse envers ses parens , Des gens de bien sera chérie f Saura garantir les maisons De tous venins , de tous poisons , Et de tout autre maléfice ; Guérira les maux les plus grands ,.

Saura vaincre , en fait d'édifice , Les maîtres les plus exceliens !

Non , non , c'est se moquer des gens.

C'est un vice , mais très-grand vice , D'avoir aussi tant de talens.

Ah ! )e veux en faire justice.

Là se trouvèrent amassés Mille oiseaux de divers plumage , Qui ne pouvaient louer assez Le nid , dont la cigogne sage Embellissait le voisinage.

Voilà le chef-*d'œuvre parfait Et du compas et de la règle ; Voilà , disaient-ils , en effet , La digne demeure d'un aigle.

11 est vrai , repart l'envieux y

GUÉRI PAR LÀ CIGOGNfi. 245

Son architecture est divine , Ce qu'elle fait charme le^yeux ; Mais elle ferait encor mieux D'abandonner sa médecine ; Car rignorante , tous les jours , Mille et mille gens assassine , Au lieu de leur donner secours.

La cigogne ouït ce discours , Et dit , sans en être alarmée :

D'avoir bien fait je suis blâmée.

Si l'os , que deux fois j'ai tiré , Dans sa gorge fût demeuré , La même gorge envenimée ISTeât pas blessé ma renommée.

Mais quoi , c'est un ingrat parfait * D'un outrage il paye un bienfait.

Page 1