GUERI PAR LA CIGOGIHE
OU
L'IHGRAT PARFAIT '.
Utï oiseau, non de ces oiseaux De noble instinct, de beau plumage, Qui savent mille chants nouveaux , Qui , le long d'un sombre bocage ,
' Ce cont€ Q*a été poblU jusquUcî que dans les remarques cribqaes de Joly, sur le] dictionnaire de Bayle. Il le trouva dans les mémoires manuscrits de M. de la Mare , conseiller au parlement de Dijon, lu voici le sujet : Boileau ayant étë traité avec beaucoup de soin etdamitié f dans une longue et dangereuse maladie , par son ami Claude Perrault ( frère de Charles ) , médecin , qui avait aussi du goÀt poar l'architecture , fit, contre lui, en tête du quatrième chant de l^Art Poétique , àtB vers qui commencent par celui-ci :
Dans Floreoce jadis Tivait un médecîii , etc.
Claude Perrault s*en trouva offensé, et lui ou son frère Charles, ou peut-être tous les deux , y répondirent par la fable qu^on vient de lire, à laquelle Boileau répliqua par la première de sts épigrammes:
Oui , j*ai dit , dans mes vers , qa^un célèbre assassin , etc.
Cette conduite est d'autant plus odieuse dans Boileau , que Tapologue de PerrauR%*ét«il pas imprimé. D'ailleurs, nous devons ï i*objet de sa safire la colonnade du Louvre.
t£ CORBEAU GUÉRI PAR LA CIGOGN£. !2^3
Joignent an murmure des eaux
Le plus agréable ramage ;
Mais un oiseau de brigandage ,
Malencontreux , noir et vilain ,
Qui , volant sur une prairie ,
Belle , verdoyante et fleiude ,
Sans la voir la passe soudain
Pour aller dans quelque voirie
Assouvir sa cruelle faim :
Pour le dire en moins de langage ^
Un corbeau , venant du carnage ,
Fut , criant , se réfugier
Vers la cigogne, douce et sage.
J'étouffe , disait-il , j'enrage ;
Un os me bouche le gosier ,
Je n'en puis dire davantage.
La cigogne , experte à l'ouvrage ,
Vite , et sans se faire prier ,
Lui retira l'os du passage ;
Et d'être moins âpre au carnage ,
Avertit l'oiseau carnassier.
Il lui promit ; mais à sa guise ,
Son mauvais destin le mattrîse.
Cet incorrigible animal
S'attire encor le même mal ,
Et recourt au même remède.
La cigogne , ainsi par deux fois ,
Au besoin lui prête son aide :
Mais d'un bienfait d'un si grand poids ,
Voyons le fruit qui lui succède.
Un jour , le glouton envieux
La vit sur une métairie ,
a44 ^^ CORBEAU
Bâtir un lit, grand, spacieux y De la plus belle symétrie Qui se vit jainais aoviB les deux.
Quoi donc ! dit-il avec furie.
Je ne saurai que croasser , Qoe déchirer , mordre et pincer ^ Aux passans dire des injures , Et les plus vilaines ordures ; Et la cigogne en même tems , Portant bonheur à sa patrie , Et pieuse envers ses parens , Des gens de bien sera chérie f Saura garantir les maisons De tous venins , de tous poisons , Et de tout autre maléfice ; Guérira les maux les plus grands ,.
Saura vaincre , en fait d'édifice , Les maîtres les plus exceliens !
Non , non , c'est se moquer des gens.
C'est un vice , mais très-grand vice , D'avoir aussi tant de talens.
Ah ! )e veux en faire justice.
Là se trouvèrent amassés Mille oiseaux de divers plumage , Qui ne pouvaient louer assez Le nid , dont la cigogne sage Embellissait le voisinage.
Voilà le chef-*d'œuvre parfait Et du compas et de la règle ; Voilà , disaient-ils , en effet , La digne demeure d'un aigle.
11 est vrai , repart l'envieux y
GUÉRI PAR LÀ CIGOGNfi. 245
Son architecture est divine , Ce qu'elle fait charme le^yeux ; Mais elle ferait encor mieux D'abandonner sa médecine ; Car rignorante , tous les jours , Mille et mille gens assassine , Au lieu de leur donner secours.
La cigogne ouït ce discours , Et dit , sans en être alarmée :
D'avoir bien fait je suis blâmée.
Si l'os , que deux fois j'ai tiré , Dans sa gorge fût demeuré , La même gorge envenimée ISTeât pas blessé ma renommée.
Mais quoi , c'est un ingrat parfait * D'un outrage il paye un bienfait.