ŒUVRES DIVERSES
0ÎEW1ES Bi^isisisa
APOLOSIE DES FEMMES '.
1 IMANDRE avait un fils ^ triste , (Hcheux , colère , Des misantropes noirs le plus atrabilaire , (^ , mortel ennemi de tout le genre humain , D'une maligne dent déchirait le prochain , Et sur le sexe même , emporté par sa bile , Exerçait sans pitié l'âcreté de son style.
Le père , <pii voulait qu'une suite d'enfans Put transmettre son nom dans les siècles suivans , Cent fois l'avait pressé , pour en avoir lignée , De vouloir se soumettre aux lois de Thyménée Et cent fois par ce fils , de chagrins hérissé ,
Se vît , avec douleur, vivement repoussé»
Un jour, qu'il le trouva d'une humeur moins sauvage , Le tirant k l'écart , il lui tint ce langage . Ce qui plaît, ce qui charme et quon aime en tous lieux. Te sera-t-il toujours un objet odieux ?
Ne saurai~je espérer que ton dédain se passe ,
' Ce petit poëmc parut à ^occasion de la satire de Boileau , sur les Femmes, à laquelle on sait que Regnard a répondu aussi par la satire des Maris. Perrault a publié , en tête de son j4pologie des Femmes , &OUS le titre de Préface ^ une critique plus précise et asses détaillée de la satire de Boileau : cette critique aurait peu de sel ici , mais le roromentatcurs de Boileau pourraient y puiser des remarques utiles.
aCo APOLOGIE
£t qu^ enfui le beau sexe avec loi renlre en grâce? Si tu t'en éloignais par un saint mouvement , Et pour ne regarder que le ciel seulement , Te blâmer, sur ce point , serait une injustice , Et je t'applaudirais d'un si grand sacrifice ; Mais ce qui t'a jeté hors du chemin battu , Ce n'est que le caprice , et non pas la vertu.
C'est un ordre éternel, qu'encore toute pure, Au fond de tous les cœurs imprime la nature , De rendre à ses enfans le dépôt précieux De la clarté du jour qu'on tient de ses aïeux. Heureux ! qui , révérant cette sainte conduite , N'arrête pas en soi , de soi-même la suite , Mais se rend immortel au gré de son désir.
Serais-tu bien , mon fils , insensible au plaisir De voir un jour de toi naître un autre toi-même , Qui serve l'Eternel , qui l'adore , qui l'aime ? Qui , lorsque le trépas aura fermé tes yeux , Après toi , rende hommage à son nom glorieux , Et d'où puisse sortir une féconde race Qui, jusqu'au dernier jour, le bénisse en ta place?
Tu sais , je te l'ai dit, h quoi tendent mes vœux , Et ce qui peut nous rendre et l'un et l'autre heureux/ 11 est, j'en suis d'accord, des femmes infidèles, Et dignes du mépris que ton cœur a pour elles ; Mais , si de deux ou trois le crime est avéré , Faut-il que tout le sexe en soit déshonoré ?
Dans une grande ville , où tout est innombrable , Comme il est naturel de chercher son semblable , D'aimer à le connaître , et d'en être connu,
T>ES FEMMES. sGl
Selon les dirers goûu dont on est prévenu , Chacun , en quelqu endroit que le hasard le porte , Ne rencontre et ne voit que des gens de sa sorte. Ceux qui , par le savoir se sont rendus fameux , Ne trouvent, sur leurs pas , que des sa vans comme eux. Ceux qui, cherchant toujours la pierre hien-aimée, Ont Fart de convertir leur argent en fumée , Ne trouvent que des gens , qui fondant le métal , Par le même chemin courent à Thôpital.
L'homme de symphonie et de fine musique , Abordera toujours un homme qui s'en pique ; Et ceux j qui de rubis se bourgeonneni le nez , En rencontrent partout d'encor plus bourgeonnes. . Ceux qu'à le bien servir le Tout-Puissant appelle , Ne trouvent que des saints brûlans du même zèle y Que des cœurs où le ciel ses dons a répandus ; Faut-il donc s'étonner si des hommes perdus , Jugeant du sexe entier par celles qu'ils ont vues , Assurent qu'il n'est plus que des femmes perdues ! Pour six qui , sans cervelle avec un peu d'appas , Feront de tous côtés du bruit et du fracas , Par leur danse , leur jeu , leurs folles mascarades , Leurs cadeaux indiscrets , leurs sombres promenades , Sans peine on trouvera inille femmes de bien , Qui rivent en repos , et dont on ne dit rien.
A toute heure , en tous lieux , la coquette se montre ; U n'est point de plaisirs où Ton ne la rencontre : Allez au cours , au bal , allez à TOpéra , A la foire , il est sûr qu'elle s'y trouvera. U semble , à regarder l'essor de sa folie , Que pour être partout elle se multiplie.
aGa APOLOGIE
Pour des femmes d'honneur, dans ces lieux hasardeax , De cent que Ton connah, on n'en verra pas deux.
Rejette donc , mon fils, cette fausse maxime : Qa*on trouve rarement une fenmie sans crime ; C'est seulement ainsi que parle un suborneur, Qui , de (emmes sans foi , sans honte et sans honneur, Fait près de son Iris , une liste bien ample , Pour la faire tomber par le mauvais exemple.
Au lieu d'être toujours dans des lieux de plaisir, A repahre tes yeux , à charmer ton loisir, A regarder sans cesse aux cours , aux Tuileries , Du fard et du brocard chargé de pierreries , Va dans les hôpitaux , où l'on voit de longs rangs De malades plaintifs , de morts et de mourans. Là , tu rencontreras en tout tems , à toute heure , Malgré l'air infecté de leur triste demeure , Mille femmes d'honneur, dont souvent la beauté , Que cache et qu'amortit leur humble piété , A de plus doux appas, pour des âmes bien faites, Que tout le vain éclat des plus vives coquettes. Descends dans des caveaux , monte dans des greniers , Où des pauvres obscurs fourmillent à milliers , Tu n'y verras pas moins de dames vertueuses Fréquenter, sans dégoût, ces retraites affreuses, . £t par leur zèle ardent , leurs aumànes , leurs soins , Soulager tous leurs maux , remplir tous leurs besoins. Entre dans les réduits des honnêtes familles , Et vois y travailler les mères et les filles , Ne songeant qu'à leur tâche et qu'à bien recevoir Leur père ou leur époux quand il revient le soir.
DES FEMMES. a63
Charmé de leur conduite , et si simpk et si sage , Tu te verras contraint de changer de langage.
Peox-ta ne savoir pas que la civilité , Chez les femmes naquit avec l'honnéleté , Que chez elles se prend la fine politesse , Le bon air, le bon goét et la délicatesse ?
Regarde un peu de près celui qui , loup-garou , Loin du sexe a vécu renfermé dans son trou, Tu leverras , crasseux , maladroit et sauvage , Farouche dans ses mœurs et rude en son langage.
Quand le sexe s^oublie , et de tant de façons Sert de folle matière à de folles chansons , N'as->tu pas remarqué que de tout ce scandale « Les maris sont^souvent la cause principale , Soit par le dur excès de leur sévérité, Soit par leur indolence et leur trop de bonté ? S'il^arrive qu'un jour aux nœuds du mariage , En suivant mes désirs, ton heureux sort t'engage. Ne t'avise jamais d'affecter la rigueur.
De vivre en pédagogue , avec trop de[ hauteur ; Témoigne de l'amour, du respect , de l'estime , En mari , toutefois , qui conduit et qui prime. On a beau publier et prôner en tous lieux Que le sexej^est hautain , qu'il est impérieux ; La femme , en son époux , aime à trouver son niaitre , Lorsque , par aes vertus , il mérite de l'être ; Si l'on la voit souvent résoudre et décider.
C'est que le faible époux ne sait pas commander.
11 en esl, il est vrai , qui, dans leurs mariages,
a64. ' APOLOGIE
N'ont pas toujours trouvé des épouses bien sages; Mais auraient-ils le front d'en oser murmurer? Ont-ils, en épousant, tâché d'en rencontrer?
Eux , et leurs vieux parens, n'ont avec leurs besicles, Pendant des mois entiers , lu , relu des articles, Qof'afin de parvenir, par leur soin diligent , A bien appareille^r deux tas d'or et d'argent, Sans regarder plus loin , sans voir si les parties, D'esprit , d'Age et d*huineur seraient bien assorties* Us ne comprennent point qae pour vivre content. Le choix de la personne est le plus important; C'est une vérité qui leur semble bizarre , Et qui n'entra jamais dans le cœur d'un avare^
Quand le premier mortel fut mis dans l'univers. Pour commander lui seul à tant d'êtres divers , Son œil , n'en doutons point, vit avec complaisance, Ses ridiesses sans nombre , et sa vaste puissance ; Mais , lorsque dégagé de son premier sommeil , Le Seigneur lui montra la femme à son réveil , La femme , sa moitié , sa compagne fidèle , Quittant toitt , il tourna tous ses regards sur elle. Et , charmé de la voir., trouva moins de douceur A régir l'univers , qu'à régner dans son cœur.
La gloire nous ravit par sa beauté suprême , L'or nous rend tout-puîssans et nous charme de même Mais, malgré tout l'éclat dont il frappe nos yeux, Des biens , le plus solide et le plus précieux , Est de voir pour jamais imir sa destinée Avec une moitié sage , douce et bien née , Qui couronne sa dot d'une chaste pudeur,