DES FEMMES
D'une vertu sincère et d'une tendre ardeur.
A ces dons précieux , si le ciel favorable ,
Se plaisant k former un chef^'œuvre admirable ,
D'une beauté parfaite a joint tous les attraits ,
Le vif éclat du teint , la finesse des traits ;
Si ses beaux yeux, ornés d'une brune paupière ,
Jettent , sans y penser, de longs traits de lumière ;
Si sa bouche enfantine , et d'un corail sans prix ,
A tous les agrémens que forme un doux souris ;
Si sa main le dispute à celles de l'Aurore ,
Et si le bout des doigts est plus vermeil encore ,
Faudra-t-il déplorer le sort de son époux?
Et pourrais^tu le voir sans en être jaloux ?
Il n'est rien ici-bas de plus digne d'envie ,
Ni qui mêle tant d'or au tissu d'une vie.
Les malheurs les plus grands n'ont rien d'âpre , d'affreux ,
Quand deux cœurs bien unis les partagent entr'eux ,
Et le moindre bonheur que le ciel leur envoie ,
Les inonde à l'envi d'un océan de joie.
Si , dans la bonne chère un époux emporté , En dissipant son bien altère sa santé , Par de sages repas , et sans dépense vaiiie , Chez elle adroitement l'épouse le ramène , Et j retranchant toujours la superfluité , Le remet pas à pas dans la frugalité.
Si son œil aperçoit quelqu'intrigue galante , Alors elle se rend encor plus complaisante , Souffre tout, ne dit mot, tant qu'enfm sa douceur L'attendrit , le désarme et regagne son cœur. Par elle , tous les jours , la jeunesse volage ,
aG6 APOLOGIE
Se relire du vice et du libertinage ; Par sa bonne conduite , une famille en paix , A des enians bien nés et de sages valets ; Par eUe t une maison tombée en décadence , Voit revivre en son sein l'éclat et Fabondance.
Ce n'est point seulement dans les premiers beaux joars, Ni dans la jeune ardeur des naissantes amours, Que d'un beureux bymen se goûtent les délices. Son cours n'est pas moins doux que ses tendres prémices , C'est un bonbeur égal , un bien de tons les tems.
/ Ab ! combien d'un époux les yeux sont-^ils contens, Quand il voit près de lui , pendant sa maladie , Une épouse attentive , et quâ ne s'étudie Qu'à prévoir ses besoins et qu'à le soulager,* Et qui pleure en secret dès le moindre danger ! Tout plaît d'elle ; il n'est plus de médecine amère, Dès qu^elle passe à lui par une main si chère ; Et si le ciel enfin ordonne son trépas , Sans peine et sans murmure il meurt entre ses bras.
Ainsi s'achève en paix Theureuse destinée De celui qu'en ses nœuds engage l'hyménée , Pendant que le prôneur du libre célibat Luttant contre la mort , sur son triste grabat , Confus , embarrassé d'un si pénible rôle , Voit , l'œil à demi clos , son valet qui le vole , Et sent , quoiqu abattu de douleur et d'ennui , Qu'on tire impudemment son drap de dessous lui.
Si son destin permet qu'un serviteur fidèle