DE LOUIS-LE-GRAND
Venez , et dites-nous , agréable Peinture :
Ces peintres si fameux des siècles plus âgés ,
De taiens inouïs furent-ils partagés ;
Et le doit-on juger par les rares merveilles ,
Dont leurs adorateurs remplissent nos oreilles ?
Faut-il un si grand art pour tromper un oiseau ?
Un peintre est-il parfait pour bien peindre un rideau 1*
Et fut-ce un coup de Tart si digne qu^on Thonore ,
De fendre un mince trait , d^'un trait plus mince encore.
A peine maintenant ces exploits singuliers
Seraient le coup dressai des moindres écoliers.
Ces peintres commençans , dans le peu quHls apprirent ,
N^en surent guère plus que ceux qui les admirent.
Dans le siècle passé , des hommes excellens Possédaient , il est vrai , vos plus riches taiens ; L^ illustre Raphaël , cet immense génie ^ Pour peindre , eut une force , une grâce infinie ; Et tout ce que forma Tadresse de sa main , Porte un air noble et grand, qui semble plus qu humain. Après lui s^éleva son école savante , Et celle des Lombards à Tenvi triomphante.
De ces maîtres de Fart , les tableaux précieux Seront , dans tous les tems , le doux charme des yeux. De votre art cependant le secret le plus rare , Ne leur fut départi que d'une main avare :
Le plus docte d^entr^eux ne sut que faiblement , Du clair et de Tobscur Theureux ménagement.
On ne rencontre point , dans leur simple manière , Le merveilleux effet de ce point de lumière , Qui 1 sur un seul endroit , vif et resplendissant , Va , de tous les côtés , toujours s' affaiblissant ,
a^ LB SIECLE
Qui , de divers objets que le sujet assemble , Par le nœud des couleurs ne fait qu'un tout ensemble, Et présente à nos yeux l'exacte yérité Dans toi^te la douceur de sa naïyeté.
Souvent , sans nul égard du diangement sensible Que fait de Talr épab la masse imperceptible , Les plus faibles lointains et les plus effacés Sont comme les devans distinctement tracés ; Ne sachant pas encor qu'un peintre , en ses ouvrages , Des objets éloignés doit former les images , Lorsque confusément. son œil les aperçoit, Non telles qu'elles sont , mais telles qu'il les voit. C'est par là que Le Brun , toiqours inimitable , Donne à tout ce qu'il fa^ un air si véritable , Et que , dans l'avenir , ses ouvrages fameux Seront l'étonnement de nos derniers neveux.
Non loin du beau séjour de l'aimable peinture , Habite pour jamais la tardive sculpture ; Près d'elle est la Vénus , l'Hercule , l'Apollon , Le Bacchus , le Lantin et le Laocoon , Chefs-d'œuvre de son art , choisis entre dix mille ; Leurs divines beautés me rendent immobile , Et souvent interdit , il me semble les voir Respirer comme nous , parler et se mouvoir.
C'est ici , je l'avoue , où l'audace est extrême , De soutenir encor mon surprenant problême ; Mais si l'art , qui jamais ne se peut contenter » Découvre des défauts qu'on leur peut imputer , Si du Laocoon la taille vénérable , De celle de ses fils est par trop dissemblable , Et si les moites corps des serpens inhumains »