ALLEGORIE K
JLa Beaaté et la Bonté étaient deux sœurs si accomplies et si charmantes cpi^on ne pouvait les voir ^ ni les connaître , sans les aimer. Quelques-uns les trouvèrent si semblables, qu'ils les prirent souvent l'une pour l'autre , et leur donnèrent aussi le même nom ; mais ceux qui les observèrent plus soigneusement , remarquèrent une très-grande différence entr'elles : la Beauté avait beaucoup d'éclat d'apparence qui donnait dans la vue d'abord , et l'on pouvait dire que^ pour la conquête d'un cœur , elle n'avait besoin que d'être regardée : aussi était-elle extrêmement impérieuse et fière ; et <[Uoiqu'elle n'eût ni gardes ni soldats autour d'elle, il n'était point de rois sur la terre qui se fissent obéir si promptement , et dont l'empire fât plus absoRi que la tyrannie qu elle exerçait sur tout ce qui avait un cœur et des yeux«
Elle était fort coquette et aimait passionnément à se produire dans le grand monde , afin de s'attirer des louanges dont elle témoignait ne se soucier pas beaucoup , et qui néanmoins lui plaisaient tellement qu elle obligeait et forçait même toutes sortes de gens à lui en donner.
La Bonté, au contraire, était fort modeste et fort retirée ,
< Exiraît de U lettre h Tabbë d^Aubignac, en laî envoyant le dialogue de r Amour et de l* Amitié.