POÈHB DE 8AI1IT PAU&IH
Lb sujet de ce poëme est tiré des ouvrages de saint Grégoire le Grand, qui, dans le troisième livre à» ses Dialogues, raconte une action très-mémorable de saint Paulin, en la manière qui suit t '
Du tems que Tltalie fut ravagée par lés Vandales y du côté de la Campanie , et que plusieurs habitans de cette province furent emmenés captifs en Afrique , Paulin , homme selon le cœur de Dieu, donpa'àces captifs et aux autres, tout ce qu'un évéque, comme lul^ pouvait posséder. Lorsqu'il n'avait plus rien pour continuer s^a açmâoes, one
' Saint Paulin f éçéque de Nôle, poème en six clianb, suivi d'une Epttre chrétienne sur la Pénitence , et d*une Ode aux nouveaux con** vertisy in-S^ , Paris, 1686. Tous ces yers, dëdiés à Bossuet, sont plus que mëdiocrés. Le plan du pocine de Saint Paulin est conforme à la légende, que nous avons copiée en tête du livre i où Perrault Tavait mise. Nous ne citons ici que quelques vers , <(^i sont les moins mauvais du volume-
34o SUJET DU POÈME
venre le vint trouver^ et lui dit qae son fils avait été emmené captif par le gendre de Gontaire, roi des Vandales , et qu'elle le suppliait de ne lui pas refuser l'argent dont elle avait besoin pour le racheter. L'homme de Dieu, cherchaot partout avec^ grand soin de quoi assister cette pauvre veuve , ne trouva rien chez lui , que lui-même, et lui dit : Je n^ai présentement rien k vous donner, mais prenez-moi en votre possession, dites que je suis votre esclave, et vous me doiyierez en échange de votre fils. La veuve ajant ouï une telle réponse d'un homme de cette importance, la prit pour une raillerie , et non point pour un effet de sa compassion ; mais comme Paulin était très-éloquent et qu'il excellait plus que personne au monde dans la connaissance des belles-lettres , il vint aisément à bout de lui persuader qn elle pouvait ajouter foi à ses paroles , et se faire un esclave d'un évéque , pour mettre son fik en liberté.
Ib allèrent donc tous deux en Afrique , et la veuve s'étant présentée au gendre du roi qui passait, elle le supplia en ces termes de lui vouloir rendre son fils :
Des mères U plus tendre et la plus malhearense Vient implorer , seignear , votre ame généreuse , De Tonloir par bonté lai redonner son fils, Qae le sort de la guerre en vos mains a remis. Que èl cette fayeur, ardemment demandée , A la seule pitié ne peut être itecordée , Souffrez que cet esclave, k vos pieds prosterné, Vous soit y pour mon cher fils , en échange donné ; Il fut tout mon support dans ma douleur funeste , Et G* est de tous mes biens le seul bien qui me reste.
Le barbare ayant jeté les yeux sur Thomme qu'elle lui
DB SAINT PAULIK. 3^1
présentait, et l'ayant trouvé de tonne mine , lai demanda quel métier il savait.* Je ne sais aucun métier , lui répondit Paulin , mais je sais Fart de cultiver les jardins ; ce que le prince ayant appris avec plaisir, il accepta rechange et aussitôt la veuve s^en retourna chez elle afvc son fils, et Paulin fut mené dans les jardins du prince pour en avoir soin.
Comme le prince allait souvent dans ses jardins pour s'y promener ^ et qu^ayant fait diverses questions à son nouveau jardinier, il le reconnut pour un homme très-sage et de très-bon esprit, il commença k ne plus voir si souvent ses amis les plus familiers , passant le tems à s^entretenir avec lui , et prenant un extrême plaisir à Fentendre parler. Paulin ne manquait pas de lui porter tous les jours à sa table toutes sortes de légumes et de salades ; et après avoir reçu ie pain qu'il lui fallait pour sa nourriture , s'en retournait k son travail.
Un tems assez considérable s'étant écoulé en vivant de la sorte, il arriva un jour que son mattre s'entretenant avee lui plus particulièrement et dans un plus grand secret qu'à Tordinaire, il lui témoignait ses inquiétudes et ses senti- •tnensil^ertneuz :
Consenrei , dit Paulin , cet nobles sentimens ; Mais pflfparei votre ame à de grands changemens.* Deux fob à peine encor l*ine'gale courrîère Dans le cercle des mois fournira sa carrière , Qu'an milieu de sa gloire une sflttd^ue mort De Gontaire surpris terminera le sort.
Ceignea dans ce moment le royal diadème y Assures-Tous partout de la grandeur suprême » Et ne permettes pas que d^inju^es rivaux S*emparent les premiers du fruit d# vos travaux. Mais puis<|u*en&a le ciel au trftn» vous appelle ,
343 «UJ£T DU POÈM&
A de si grands devoirs Ibngei d*être fidèle , N^imîtes pts ces rois , dont Tesprlt orguciileax Pense que les ëlats ne sont faits que pour eux y Qu'un digne polentat doit n^almer que la guerre , M*aToîr point de repos qu'il n'ait conquis la terre , N*admettrê dans son cOMir que de vastes projets, £t ne compter pour rien le bonheur des sujets. Non y seigneur , d'un grand roi la vâritable gloire N'est point de remporter victoire sur victoire , De répandre du sang , d'envahir des ëtats f Ni de faire trembler les autres potentats ; Mais bien d'aimer son peuple et d'en être le père , D'vroir toujours un cœur sensible à la misère , £t de n'être attentif qu'au dessein gënéceux De le r^gir en paix et de le rendre heureux.
Le prince ayant entendu ceci , ne voulal pas en faire on secret au roi 9 dont il était aimé plus que nulle autre personne de la cour ; il crut devoir lui raconter fidèlement ce que son jardinier lui avait dit. Je serais bien aise , lui répondit le roi, après Tavoir écouté, de voir cet honune dont vous me parlez. U m'apporte tous les jours à mon dîner, reprit le gendre du roi, des fruits, des salades et autres choses semblables : vous n^avez qu'à ordonner qu'il les porte à votre table, et vous verrez Thonune qui m'a dit ce que je viens de vous raconter. Cela fut fait, et le roi étant à table, Paulin arrive portant des fruits et des salades du jardin de son maître. Le roi ne Teut pas plutôt apperçu, qu'il lui prit un grand tremblemeiH qu il fit appeler son gendre , le maître de Paulin , et lui déclara ce qu'il n'avait pas encore voulu lui dire. Ce que vous avez entendu , lui dit-il , est véritable; car cette nuit j'ai vu, durant mon sommeil, des juges assis dans des tribunaUK, vis-à-vis de moi, entre lesquels était cet homme ; et il m'a semblé .qu'ensuite du jugement qu'Us