ACTE III, SCENE II
Dans leurs jaloux débats , le prince et les sujets Divisent par honneur leurs communs intérêts. Bientôt leur défiance est mère de la haine : Le chef, pour maintenir sa puissance incertaine. Est contraint sur lui seul de rassembler ses soins, Et du corps de l'état néglige les besoins. N'ai-je pas vu moi-même un sénat téméraire De son trône avili précipiter mon père ; Charger, couvrir d'affront son monarque enchaîné. Pour recevoir des lois d'un enfant couronné ? Mais que voyois-je en Fiance? Un roi,maitre suprême. En qui vous révérez la divinité même : Des grands, que son pouvoir a seul rendus puissants. Du bras qui les soutient appuis reconnoissants : Un peuple doux , sensible... une famille immense . A qui le seul amour dicte l'obéissance ; Qui laisse tous ses droits à son père asservis , Sûre qu'il veut toujours le bonheur de ses fils. Valois trop fortuné I quel roi , digne du trône, ye demande au destin le peuple qu'il te donne ? Rendre heureux qui nous aime est un si doux devoir !
Pour te faire adorer tu n'as qu'à le vouloir.
Seigneur, à cet excès la France vous est chère ; De ses peuples aimés vous voulez être père ; Et je vois sur Calais votre exirêrae rigueur...
EDOUARD
Quand il est dédaigné , l'amour devient fureur. Eh ! pourrois-je inventer un supplice trop rude Pour punir tant d'affronts et tant d'iugratilude ? Pendant plus dune année arrêtant mes exploits , Calais à ma poursuite a dérobe Yalois : .l'ai perdu sous ses murs la fleur de mon armée, Et la saison de vaincre en jirojets consumée. Aujourd'hui ces vaincus, refusant ma bonté ,
Haïssent plus mes lois qu'ils n'aiment leur cité : Et, quand j'y vais régner, abjurant leTir patrie, Jusques à l'embraser poussoient la barbarie. J'allois à leur fureur les livrer sans ef/rui... Les dangers d' Aliéner m'ont alarmé pour loi : Et ces six criminels borneront ma vengeance. C'est en vain que pour eux tu pressois ma clémence .
HARCOURT
Eh quoi! vous me flattiez qu'en généreux vainqueur...
EDOUARD
Ce que je viens de voir met la rage en mon cœur. Ce peuple de mourants, ces déplorables restes Ues foudres de la guerre et des fléaux célestes, Conservoient leur lier té dans des yeux presque
éteints ; Sous la pâleur encor leurs fronts étoient sereins : Leur joie a consterné mon armée immobile ; Ils sembloient triompher en fuyant de leur ville ; Un seul touruoit vers elle un re^-ard désolé; On lui nomme son roi, je le vois consolé.