ACTE IV, SCENE VII. iy
jL U R E LE.
Mou père... ! Non , seigneur. Qui ? moi , que j 'abandonne...
C'est au nom d'Edouard qu'ici je vous l'ordonne. Partez.
AU R E L E , avec fureur.
Quel est celui dont l'injuste vertu S'offrant pour me sauver...
SAIJTT-riERRE.
Eh ! le méconnois-tu...?
C'est Harcourt.
HARCOURT, troiiLle'.
Moi?
SAINT-riERRE.
Vous-même. Oui , je lis dans votre ame j J.'y surprends un projet que j'admire et /e blâme. Vous juriez ce matin de nous suivre au trépas ; Vous trompez Edouard , vous ne m'abusez pas.
HARCOURT
Eh bien ! s'il étoit vrai , ce projet équitable ,
Qui , sauvant l 'innocent , déA^oùroit le coupable... .''
Quoi! je consentirois...
SAINT-PIERRE
Vous oseriez penser...
HARCOURT, impétueusement.
Il doit y consentir, vous l'y devez forcer. Je conçois vos refus, j'entreprends de les vaincre ; C'est peu de vous toucher, j 'aspire à vous convaincre : Le temps presse. Ecoutez. Ce n'est poiut vous, hélas ! Intrépide vieillard , que j'arrache au trépas ; L'honneur peut murmurer que ce «rand sacrifice Soit votre digne ouvrage, et sans vous s'accomplisse; Je le sais. Mais ce fils , qu'au milieu des tourments
Un zèle aveugle immole à la fleur de ses ans; Lui que dans votre cœur réclame la nature •, Lui , ce héros naissant dont la grandeur future Aux vœux de nos guerriers s'annonce avec éclat, "Vous devez ses vertus aux besoins de l'état. Choisissez entre nous comme choisit la France. Croyez-vous qu'un moment sa justice balance ; , Qu'elle souffre qu'un sang si cher à son amour Par mes crimes deux fois soit versé dans un jour? Mourant sans votre fils, voire gloire est la même ; Et, si vous m'admettez à cet honneur suprême , Quels que soient mes forfaits, je les répare tous : C'est un laurier de plus pour la France et pour vous. Songez sur-tout, songez qu'à ce jeune courage Des fruits de votre mort vous devez, l'héritage. Avec combien d'ardeur on verra nos François Suivi'e aux combats le lils du héros de Calais! Pour ses heureux talents quelle vaste carrière .' Ah ! voyez-le venger sa famille et son père ; Voyez-le s'ennoblir au milieu des lauriers , Monter sur votre tombe au rang des chevaliers, Et fonder de héros une race nouvelle, Digue dans tous les temps d'une source si belle, Se vouant d'âge en âge à la gloire des lis , Et que vous immoliez dans ce vertueux fils... Eh bien ! ce tendre espoir vous arrache des larmes,..
(avec transport, à Aurele , en hii pre'senlaiit sou e'pe'c.) Pars ; accepte ce fer ; rends l'honneur à mes armes.
> AUREIiE.
Moi, tromper Edouard, fuir, et me parjurer. De mon père expirant oser me séparer : Moi , qui m'étois flatté qu'une pitié soudaine , Voyant tomber ma tête , épargneroit la sienne 1
Tu redoubles ses maux en y joignant les tiens.