ACTE V, SCENE II
Laisse au sort des traités à fixer ton vrai maître; Voilà tous les devoirs où tu dois t'arrêter. Crois-tu que ton supplice engage à t'imiter? Quels grands sur l'échafaud te prendront pour modèle ?
Va, les seuls rois heureux ont une cour fidèle ; Et , si je règne enfin , tu n'es dans l'avenir Qu'un criminel obscur que la loi fit punir.
SA.IÎIT-PIERRE.
Seigneur, j'ai désiré. j>our prix de mon courage, Le bien de mon pav;> , sa gloire , et son suffrage. Si la France succombe enfin sous vos exploits , Il m'est doux que mon nom périsse avec ses lois. Tos armes cependant sont loin de les détruire ; Je le vois par les soins qu'on prend pour me séduire. Oui , sur ma nation , sur son génie ardent , D'un éclat de vertu vous craignez la.sçendant : Mais le coup est porté. Si jamais ma foiblesse De mes premiers efforts démentoit la noblesse. Le sentier de 1 honneur, que mes pas ont tracé , Par mon lâche retour ne peut ctre effacé : Vos bontés sur les coeurs obtiennent quelque empire; Mais le François combat l'ennemi qu'il admire ; Leur valeur va s'accroître encor par vos bienfaits., Ils voudront en vainqueurs... les rendre à vos sujets.
EDOUARD
Mais comptes-tu pour rien la faveur légitime....^
SAINT-PIERRE
J'aurois votre faveur, et perdrois votre estime. Vous méprisiez d'Harcourt en le comblant d'honneurs ; Vous allez menvier chargé de vos rigueurs. Eh ' comptez-vous pour rien la foi pure et sacrée Qu'àValois...votre bouche et la mienne ont jurée? Mon cœur la gardera jusqu'au dernier soupir ; Je n'ai pas, comme vous , le droit de la trahir.
aoa LE SIEGE DE CALAIS..
Dieu ! que la politique avilit la couronne!- Que la probité simple honoreroit le trône !• Valois de ses serments ne sait point s'affranchir ; Trompé par ses rivaux , est-ce à lui d'en rougir ? Eh ! comment à mon roi deviendrois-je infidèle , Quand j'ai devant les yeux sa vertu pour modèle ?
Edouard, se levant.
Eh bien ! cours au trépas, que tu semblés chercher. Ton insolent orgueil te pourra coûter cher. A la rébellion tu joins encor l'outrage ! Mais je ferai pâlir ton superbe courage. Que le coupable sang de ton fils expiré Repaisse , avant ta mort , ton œil dénaturé. Toi seul es son bourreau ; ses derniers cris peut-être Dans le fond de ton cœur me vengeront d'un traître.
SAINT-PIERRE, tremLlant.
O mon fiis \ quel moment pour ce cœur paternel... !
( reprenant sa fermeté. ) Mais... ta souffrirois plus à me voir criminel.
EDOUARD
Inhumain !
SA INT-PIERRE
C'est trop perdre et menace et promesse , J'ai honte que pour moi tant de fierté s'abaisse : Je crois voir sur nous deux les yeux de l'univers , Les yeux de l'avenir de toutes parts ouverts : On regarde Edouard conseillant l'infamie , Pour corrompre un sujet épuisant son génie. Quel mortel de mon sort ne seroit point jaloux.»* Vous me forcez, seigneur, d'être plus grand que vous.
EDOUARD
( Mauni entre avec les gardes. ) Gardes... qu'avec les siens ou le traîne au supplice. ^ les gardes emmènent Saint-Pierre. )