ACTE II, SCENE !. -iS
Là , mes bras ont pressé les restes effroyables
De sou corps déchiré par leurs lauces coupables.
Sa main serra ma main pour la dernière fois;
Les accents étouffés de sa plaintive voix
Ne purent que nommer la veui^eance et son père ;
Je la jurai sur lui , sur sa mourante mère :
Sa mère, en s'immolant près dun fils malheureux,
Invitoit ma douleur à les suivie tous deux :
Ta barbare tendresse arrêta ma furijà^
Va, c'est pour me venger que j'ai îrouffert la vie ;
Va , tu sais que mon cœur, pour haïr les Français,
Navoit pas attendu tons les maux qu'ils m'ont faits ;
Pour fruit de leurs dédains recueillant notre haine.
Tout les abhorre ici : leur nation hautaine
Nous croit nés pour servir sousvingt tyrans divers ,
Et trO]> heureux encor de préférer ses fers.
En vengeant ma maison, j'affranchis ma patrie:
Le ciel pour les François n'a pcMut fait l'Italie ;
De (juel droit veuoient-ils , du fond de leurs états.
Porter dans mes fovers le deuil et le trépas?
Du moins que , leurs malheurs consolant ma misère ,
Ce jour soit le dernier pour leur armée entière ;
Que , dans toute la I''rance , on voie avec effroi
Des pères désolés qui pleurent comme moi.
E u r HÉ M lE.
Dans quel égarement la fureur vous engage .'
Des aïeux de Louis Milan fut l'héritage ;
La naissance nous place au rang de ses sujets ,
Et nous fait partager ce grand nom de Français.
A votre souverain cessez d'être infidèle;
Gloire , intérêt , devoir, vers lui tout vous rappelle.
Ahl remplacez le fils que vous avez perdu
Par un fils plus illustre et plus grand en vertu;
Qui , portant avec moi votre sang sur le trône ,
Fait rejaillir sur vous l'éclat de sa couronne :
Nemours met à vos pieds un sceptre glorieux,
26 GASTON ET 15AYARD.
OÙ n'osoit s'élever voti'e œil ambitieux;
Et vous, prêt à frapper son cœur qui vous révère ,
Vous aimez mieux vous voir son bourixau que son
père !
AVO GARE
Crois-tu que ma raison embrasse imprudemment Ce fan lôme de gloire offert à ton amant ; Que dans Naples jamais il garde la couronne D'un peuple qui la brise aussitôt qu'il la donne? IN enioujrs est-il plus grand , plus puissant , plus heureux Que Gharle et que Louis, qu'on en priva tous deux r S'il se voit à son tour chassé de l'Italie , Il faudra donc le suivre ; et, loin de ma patrie, Traîner de mes vieux ans le reste infortuné , D'un prince sans états courtisan dédaigné ? Je suis libre en ces lieux sous la loi de Venise , Et chef d'une province à mon pouvoir soumise : Les titres, les honneurs, sur ma tête amassés. Sur celle de mon lils étoient encor placés. ( avec trau sport. )
Mon fils étolt ma gloire et ma seule espérance ; Son nom déjà fameux doubloit mon existence ; Dans sa tombe , avec lui , tout est lini pour moi ; C'est un sang étranger qui doit naître de toi ; Sur la terre , à jamais , mon nom meurt et s'efface ; Les fils de ton époux ne sont rien dans ma race.
EUTHÉMIK.
Voilà comme mon sexe est ici chez les grands!
Ils nous comptent à peine au rang de leurs enfants.
Un lils , flattant leur nom d'une grandeur future ,
Est aimé par l'orgueil plus que par la nature.
Mon père, quoi î jamais l'excès de mon amour
IN 'amènera votre ame au plus foible retour !
Ah ! j'ai droit de me plaindre , et je demande grjk:e.