ACTE PREMIER
SCEINE PREMIERE.
VITELLIE, TULLIE.
AT r L L I E.
nos regards enfin Titus va leparoître; Rome , loin de ses murs, a volé vers son maître ; Les chemins sont couverts de lauriers et de fleurs , L'amour à sa rencontre emporte tous les cœurs; L'univers renaissant bénit le jour prospère Qui du bord de la tombe a ramené son père : Ce vainqueur fortuné de l'Asie et du sort, Ainsi que des Persans , triomphe de la mort.
VITELLIE.
Dis plutôt qu'en ces murs son malheur le reuA'oie ,
Que la mort qui l'attend va ressaisir sa proie :
Ce beau jour finira par une nuit de deuil ;
Sous son char de triomphe on creuse son cercueil.
Le ciel , prêt à servir ma lureur légitiiue.
Pour l'offrir à mon père a paré ma victime.
Triste Yitellius , nos tvrans immolés
Vont rejoindre aux enfers tes mânes consolés.
4 TITUS
J'épuiserai ce sang, fléau de ta famille ,
Si fatal à ta gloii e. .. et bien plus à ta fille ;
Ce sang par qui le tien fut toujours combattu,
Qui l'a ravi l'empire et m'ôte ma vertu.
Quel étrange discours! L'ame de Viteliie De ces desseins cruels peut-elle être remplie ? Que parlez-vous de sang, de vengeance, de mort? Quels intérêts nouveaux excitent ce transport? De2)uis que l'empereur, renvoyant Bérénice, A vengé Rome et vous par ce grand sacrifice , Vos longs ressentiments, nés d un amour jaloux , Sembloient avoir fait place à des projets plus doux ; Cependant aujourd'hui qu'un tendre espoir vous
flatte, Votre sourde fureur plus que jamais éclate.
VITELLIE.
D'un téméraire espoir je pourrois me flatter, Tullie ! Ah ! quel amour !... j'oserois l'écouter ! Honneur, vertu , devoir, j'oserois tout enfreindre ! Dans le sang de Titus ma flamme doit s'éteindre. Souge à ce jour d'horreur où son père en ces lieux Souleva contre nous un peuple audacieux; Lorsque Vespasien, vainqueur de l'Idumée, Conduisit vers ces murs son infidèle armée. Placé par le soldat au trône des Césars , A cet usurpateur Rome ouvrit ses remparts : Et pour gage fatal d'une paix sanguinaire, Le barbare accepta la tête de mon père. Peut-être que mon sexe et les pleurs d'un enfant Attendrirent sur moi l'assassin triomphant, Ou que Vespasien, dans ces moments funestes, Méprisa du vaincu les inutiles restes.
Enlin seule échappée en ce triste palais A tant de meurtriers fatigués de forfaits. Dans un paisible exil , heureuse en ma misère,