SENATEURS, GARDES
(L'empereur monte sur son trône; les deux consuls sont à ses côtés. Le sénat est rangé sur les ailes du théâtre ; les gardes resteni derrière. )
Jl-ssiv s.
Quel spectacle enchanteur en ces lieux se déploie 1 Tout respire Tamour, le bonheur, et la joie. () jour le plus heureux de nos jours triomphants ! Rome revoit son père, et Titus ses enfants. De cemoraentsicherpour mieux goûter leschaniies , Seigneur, retracez-vous nos mortelles alarmes , Le deuil universel de la patrie en pleurs, Tous ces yeux qu'égaroit le délire des cœurs : On eût dit à son trouble , à sa douleur profonde , Que votre dernière heure étoit celle du monde. Une épouse plaintive entendit son époux Lui crier, en mourant, de ne pleurer que a'Ous. Les vieillards reprochoient à la rigueur céle.'-te D'avoir conduit leurs ans jusqu'à ce jour funeste : Et leurs fils , des l'enfance instruits à vous chérir, Regrettoient d'être nés pour ne vous point servir. Ce lamentable effroi n'a jamais eu d'exemples ; Rome, déserte ailleurs, étoit toute en ses temples, Leurs voûtes, répétant nos sanglots douloureux, Sembloient ne renfermer, en ces moments affreux. Qu'une famille en pleurs et qui se désespère,
24 TITUS
Prête à suivre au tombeau les cendres île son père.
Romains , à votre amour les Dieux daignent céder
Ce héros qu'ils sembloient jaloux de posséder :
Prêts à le rappeler au séjour du tonnerre ,
Ils le prêtent encore aux besoins de la terre.
Ah .' qu'ils peuvent, seigneur, avec sécurité,
Se reposer sur vous de sa félicité !
Qu'à vos lois pour toujours leui clémence nous livre :
Qui vit aimé de tous à jamais devroit vivre.
TITUS
Eh ! qu'ai-'je fait encor pour être tant aimé l
J'ai donné quelque espoir, mais Tai-je confirmé?
Hélas ! depuis deux mois , ma tendresse captive
Dans un lit de douleurs a gémi d'être oisive ;
J'ai craint de voir pour vous tous ses projets détruits
Avant qu'un temps propice en vint mûrir les fruit.s :
Ce coup perçoit mon ame insensible à tant d'autres ;
Vous ne perdiez qu'un cœur,j e perdois tous les vôtres;
De leur amour si vrai j'ai reconnu le cri ;
Un monarque expirant peut voir s'il est chéri.
Grands dieux! par mes périls vous daignâtes m*ap-
prendre Les droits que sur son maître a ce peuple si tendre; Vous vouliez, déployant ses transports généreux, Me le rendre plus cher, pour qu'il fût plus heureux. Jusqu'ici des Césars enviant la mémoire, Je m'égarai comme eux au sentier de la gloire : Jeune, j'aimai la guerre et ses brillants travaux, Malheur des souverains et plaisirs des héros. Le Jourdain , le Danube ont vu mes mains sanglanles Surcharger de lauriers vos aigles triomphantes. Trop funestes exploits qu'il me faut expier! Je veux que mes bienfaits les fassent oublier. Par mille heureux de plus puissent mes soins rapides Des jours que j'ai perdus combler les tristes vides! Vous,pénat,pour mon peuple accordez-moi vos soins,