ACTE II, SCENE IV. aJ
Apportez-moi ses vœux , montrez-moi ses besoins ; Daignez tons me prêter vos yeux pour m'en instruire : Puis-je tout voir, hélas! dans un si vaste empire? O tendre humanité! viens m'aider à prévoir Les faciles abus du souverain pouvoir:
Fais que la terre en moi puisse trouver un maître Tel que j'en voudroisun, s'il m'en falloit connoître: Par toi seule un héros se rend digne des cieux , C'est de ses bienfaiteurs que l'homme a fait ses dieux.
Souffrez donc qu'à ce titre on vous éleva un temple , Qu'on les adore en vous, puisqu'on les y contemple. Déjà leurs grands desseins par vos vertus remplis De vingt peuples rivaux font un peuple d'amis : Déjà l'humanité, sous aos mains paternelles, Etend sur trente rois ses chaînes fraternelles: Et , dans ces nœuds de paix facile à retenir, L'univers attendri viendra s'y réunir.
O demi-dieu , vainqueur du monde et de vous-même , Agréez ces tributs d'un peuple qui vous aime , Trésors qu'à vos autels...
TITUS
C en est trop , Annius.
Non , qu'on n'adore pas , mais qu'on aime Titus. Cesse un éloge vain que j'ose te défendre ; Je veux le mériter, et ne veux point l'entendre : Retrace avec courage à mon zèle imparlait Ce qui me reste à faire , et non ce que j'ai fait. ( au sénat. )
J'accepte les trésors que mon peuple me donne; Mais à mon gré , Romains , souffrez que j 'en ordonne. Par le plus digne emploi je les veux honorer ; Vos cœurs dans mou projet vont tous se rencontrer. Vous pleurez , comme moi , les maux de ma patrie • Le Vésuve embrasé désole l'Italie:
Les noirs torrents de feu qu'il vomit de son sein , DE BELLOI. I. 2
aH TITUS.
Fléaux du ciel vengeur que suit déjà la faim , Ont couvert nos moissons de leurs cendres brûlantes: Que d'indigents vers moi lèvent leurs mains tremblantes!
Versons-y ces trésors que le ciel fit pour eux ; Présents de l'abondance , ils sont aux malheureux. De la divinité si j 'envie une marque , C'est l'amour des humains, pur encens d'un monarque Qu'il reporte avec gloire aux pieds des immortels; Que Rome soit mon temple, et vos cœurs mes autels* Allez, qu'avec Sextus un moment on me laisse.