‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 251 sur 361 · UNE JEUNE PRINCESSE · texte numérisé non relu

UNE JEUNE PRINCESSE

(Elle est vêtue sans celai, assise clans l'attitude de l'accablement , et appuyée sur une table : après quelques instants de silence, elle levé les yeux, et dit: )

J i"oMBRE enfin s'éclaircit : les premiers feux du jour Péuctrent lentement dans cet obscur séjour. Ces murs, me séparant de la uature entière , Me permettent du moins d'entrevoir la lumière. Ah 1 l'aurore et la nuit me retrouvent en pleurs , Sans qu'un léger sommeil me prête les douceurs Que goûte un malheureux dans 1 oubli de son être. O jour ! depuis cinq ans , je ne t'ai vu renaître

DF. BELLOI. 2. 5

Qu'en demandant au ciel de ne plus te revoir. Mort, que j 'appelle en vain ; ô mort ! mon seul espoir, Romps le joug effroyable où je suis encliaînée ; O mort ! délivre-moi du malheur d'être née.

( elle retombe dans sa première altitude; puis se relevant.) Un instant sur le trône , et pour jamais aux fers ! Hélas I j'ai disparu de ce vaste univers : L'Espagne où je fus reine , où je vis ignorée , Me croit dans le cercueil , et Paris m'a pleurée. PI eurée ! Oui , j e Je suis : dans mes tourments secrets J'ai le triste plaisir de couler des regrets : On plaignit , on vengea ma disgrâce fatale ; Tout m'aima sur la terre, hors ma vile rivale. Hors mon cruel époux, qui seuls ont condamné Ce cœur, plus pur encor qu'il n'est infortuné. Mais de ces lieux déserts qui trouble le silence?

( elle paroît entendre du ])ruit en dehors. ) La barrière du fort s'ouvre avec violence .' Quel tumulte confus .' Voyons.

(elle se levé et regarde à travers les Larreauxde la feuêirc.)

Sur ces remparts, J'aperçois un drapeau semé de léopards!

Quelqu'un marche avec bruit! L'effroi remplit mou - ame.

.UN CHEVALIER parlant hors de U chambre.

Soldat, ouvre. Obéis, ou tu meurs.

(la porte du fond s'ouvre, le chevalier entre avec deux ccuyers.) i/a princesse.

Ciel.'

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