LA PRINCESSE
Votre aspect doit ici m'affliger et me plaire. Le vainqueur de Poitiers a vu périr mon père ; Le vainqueur de IN^a jarre a vengé mon époux.
EDOUARD, avec transport.
Mon doute est éclairci . Vous vivez ! quoi ! c'est vous, Du malheureux Bourbon plus malheureuse fille? Vous, femme de Dom Pedre et reine de Castille /
BLANCHE
Reine î vous le voyez.
EDOUARD voulant se jeter à ses pieds.
Ah î mon cœur éperdu
A'ous rend l'hoirunage pur qu'il garde à la vertu.
( toujours avec vivacité. ) Que vous avez coûté de larmes à la terre! Oui , votre père et vous, chéris de l'Angleterre... Ennemis généreux, nous savons admirer De vertueux rivaux, les vaincre et les pleurer. Relie Bourbon, eh quoi ! lorsque Pedre et Padille Du bruit de votre mort consternoient la Castille, Sur vous de leurs fureurs ils suspendoient le cours î Ces deux âmes de sang ont respecté vos jours î
B L A. N c H r. , plus vivcTueut.
Ils n'ont rien respecté. Si je respire encore , Leurs ordres sont trahis, leur cruauté l'ignore.
Edouard, de mcnic.
Croyez ,si ce mystère eût percé jasqu'à moi , Que j'aurois exigé de ce superbe roi, Quand ma main sur son front remit le diadème, Qu'il vous rendît justice et se la fit lui-même. Une seconde fois son trône est renversé. Pedre a besoin de vous pour s'y voir leplacé. Vous pouvez mieux que moi réparer sa ruine : Mais le daignerez-vous ? Ah î dès leur origine , De vos malheurs affreux retrace/.-moi le cours : Ma foi , sans balancer, suivra tous vos discours : Mon ame , jusqu'icn toujours mal informée Par la voix de Do/n Pedre ou par la Pienommée , Aspire, pour vous-même , encore à s'éclaircir. Edouard mieux instruit pourra mieux vous servir: Qu'il sache à quel excès Pedre offensa vos charmes. Princesse, en ce grand jour si je taris vos larmes, Je croirai vous devoir le plus chéri des biens : On m'accorde un bienfait en acceptant les miens.
BLANCHE, avec traiHjuillité.
Prince , de mes malheurs la confidence intime Est due aux nobles soins d'un héros que j'estime. A mon époux vous seul me pouvez réunir.