ACTE I, SCE^NE IV
Je garde par foiblesse un silence imposteur? Je souffre qu'avec vous se croyant enchaînée, Elle aille confirmer votre faux hyménée?
BLANCHE
Ciel!
Edouard, à la princesse.
Avant le serment qu'il vous fit à regret , Padille avoit sa foi par un hymen secret : Et, lorsqu à ses fureurs il vous crut immolée. Soudain cette union hautement révélée , Prouvée avec éclat aux états castillans, l'it voir de votre hymen les vains engagements : En rougissant pour lui de sa première chaîne. Ou reconnut Padille; elle étoit femme et reine. Le ciel n'a donc jamais uni votre destin A ce roi , dont l'hymen fixoît déjà la main ; Et l'auguste Bourbon, que trompa sa promesse , N'est point esclave et reine ; elle est libre etprincesse.
DOM PEDRE, voyant la surprise de Blanche. Ah ! je lis dans ses yeux que vous m'a\ez perdu.
Je me perdrois, seigneur, pour sauver sa vertu. BLANCHE, avec le saisissement et le délire de Textrème joie.
Qu'entends-je ? se peut-il ?... Gloire . bonheur suprême !
Quand je devrois ici périr au moment même , O ciel tant imploré ! que ne te ddis-je pas ? Je sais , avant l'instant marqué pour mon trépas , Que je ne fus jamais unie à ce parjure. Qu'il n'eut de droit sur moi qu'à force d'imposture.
( avec la plus grande fierté'.) Réponds-moi maintenant, o tigre ensanglanté.' Rends compte de ma vie et de ma liberté. Je ne te parle plus en épouse, en victime , Qui re.specle l'abus d'un titre légitime ;
<j8 PIERRE LE CRUEL.
Je te parle en Erançoise , ea 111 le de "vingt rois, Qui n'eut pas le malheur de naître sous tes lois : Pourquoi devant l'autel, que profanoit ta vue , M'engager cette foi qu'une autre avoit reçue? Tu craignois qu'un refus , insultant pour mon nom, Ne soulevât la France et ta propre maison ? Pourquoi donc , a l'instant , leur faire une autre
offense , Me Lannir, me livrer aux fers , à l'indigence? Ah.' mon plus grand bonheur... c'est l'insolent
dédain Qui borna mon outrage au seul don de ta main : Par-tout tu ravissois ou l'honneur, ou la vie, Dans ton infâme cour j'échappe à l'infamie.' Va , j'aime trop mon sort j)Our vouloir t'en punir : Dans les bras de ma sœur je cours m'en a])plaudir.
( à Edouard en courant à lui.) Vous , qui m'êtes uni par les plus nobles chaînes , Car le sang des Capets coule aussi dans vos veines , Prince , il faut assurer ma retraite et mes jours: Blanche vous fait l'houneuf d'implorer a'Os secours ; Si des fers opprimoient votre épouse si chère , Pensez-vous qu'un Bourbon rejetât sa prière?
t D O u A R D lui présentant la main avec fermeté'. Venez, madame.
DO M PEDRE l'arrêtant par l'auti-c liras.
Quoi! l'arracher de mes mains.
Et jusque dans mon camp ! quels sont donc vos
desseins ?
Voulez- vous aujourd'hui me combattre moi-même , Et livrer mon épouse à mon frère qui l'aime ? Sitôt qu'il crut sa mort, il vanta son ardeur...
BLANCHE
( à part.) Il m'aime I Ah I ce seul mot me fait lire en mon cœur.