ACTE II, SCENE IV. ii
Eh bien ! voilà le cœur que je vous ai choisi;
Prince,mes deux héros étoient faits l'un pour l'autre ;
Chérissez mon ami, comparez-lui le votre;
Ce tigre tout souillé de sang et de forfaits :
.l 'ai placé mieux que vous l'honneur de vos bienfaits.
DO M HENRI, à Edouard.
Seigneur, ma défiance est un outrage insigne , Dont je rougis dans l'aïue, et dont l'honneur s'indigne ; Mais de la réparer mon orgueil est jaloux. Montrez-moi les moyens de m'acquitter vers vous. En est-il? ordonnez. Après la bienfaisance , Le plus grand des plaisirs c'est la reconnoissance.
EDOUARD
Je vous demande un prix bien digne de tous deux , C'est la paix. Remplissez vos devoirs et mes vœux. Craignez tous les malheurs des haines fraternelles; Aux plus affreux excès on est conduit par elles : Deux cœurs, qu'un même sang forma pour se chérir, Oseront s'immoler, s'ils osent se haïr.
Une fois affranchis des nœuds de la nature , Nos fureurs sont sans frein , nos crimes sans mesure. Prévenez sagement quelque scène d'horreur ; Mais des conseils des rois évitons la lenteur. Tous trois ( avec prudence ) osons voir votre frère ; Lui , Guesclin , vous, et moi , calmons l'Europe entière.
DOM HENRI
Moi ,1e voir?
BLANCHE, impétueusement.
Non , seigneur.
EDOUARD
Non pas en ce moment.
Vous nous avez surpris par ce déguisement : Sans doute il oseroit, pour vous }>nnir en traître
n6 PIERRE LE CRUEL.
Abuser du jirétexte, et j'en serois peu maître. Il faut dans votre camp retourner inconnu : De là faites offrir un accord imprévu ; Proposez l'entretien ; prenez-nous pour arbitres ; Revenez dans l'éclat qui convient à vos titres. Cette tente peut voir, par mes justes projets , Un moment accorder les plus grands intérêts.
DOMHENRI.
Sans l'aveu de Guesclin rarement je prononce , Seigneur : mais dans ses yeux je crois voir sa réponse.
DU GUESCLIN
La paix , seigneur ! il faut tout lui sacrifier ; C'est le fruit précieux qui naît d'un vain laurier : Qu'elle suive toujours le char de la victoire, Quand le vainqueur est homme et digne de sa gloire.
DOM HENRI
"Vos désirs sont ma loi ; je pars , et Je revien...
BLANCHE
Juste ciel !
DOM HENRI
Sans espoir tenter cet entrelien.
BLANCHE
Vous allez vous remettre à la foi d'un parjure Qui s'est fait en tout temps un jeu de l'imposture ?
Edouard.
Un parjure , à l'instant qu'il promet avec moi , Sait qu'il doit renoncer à violer sa foi. DOM HENRI, vivement.
Quand même mon retour hasarderoit ma vie , Le bien de mes sujets, leur salut m'y convie ; Si pour eux dans ce camp je m'expose aujourd'hui,
(montrant du Guesclin. ) Je l'aurois fait pour vous, et je l'ai fait pour lui.
BLANCHE » plus vivement encore.
Je sais trop qu'à vos yeux les périls ont des charmes.