‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 274 sur 361 · ACTE II I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II I, SCENE IV

Le dernier Hes sujets a'moins'd 'obéissance :, Je voudrois de mon maître éterniser les jours ; Je ne demande au ciel que d'obéir toujours. Mais qui ravit le sceptre à la main de son frère , L'auroit-il respecté dans la main de son père? Pardonnez ; je vous veux arracher votre erreur. Et dois vous la montrer dans toute son horreur.

(plus vivement. ) Cher prince, lavez-vous d'une tache si noire, Qui va de siècle en siècle obscurcir votre gloire : Admirez le moment que j'ai su vous choisir. De céder en vaincu vous auriez pu rougir ; 11 eût été honteux au vaillant Traustamare D'abdiquer la couronne au sortir de rsajarre. Mais aujourd'hui , vainqueur dans trois combats

.sanglants, Après le plus long cours des faits les plus brillants , Quand Pedre voit enfin l'empire qu'il possède Réduit à ce seul fort, aux seuls murs de Tolède : Vous , conquérant des biens que vous lui disputiez , Prendre sceptre , couronne , et les mettre à ses pieds ; Voilà de la vertu l'effort le plus insigne, Le miracle inoui dont vous seul êtes digne; Ln iriompbe immortel que vos chefs, vos soldats , La fortune, et Guesclin, ne partageront ])as. Ce n'est point tout. Je sais que , dans un cœur qui

l'aime , La vertu se suffit , est son prix elle-même . Je viens pourtant offrir à votre œil détrompé Un Irône bien acquis pour un trône usurpé : L'échange en est heureux; il faut que je m'explique. Vous voyez , comme moi , sous quel joug tyrannique La moitié de l'Espagne expire en gémissant : Vous savez par quel crime à jamais flétrissant, Appelés , introduits au cœur de vos provinces , Les despotes. d'Afrique ont dépouillé vos princes.

( avec chaleur à du Guesclin. ) O chrétiens insensés ! dans un autre univers On court à l'infidèle arracher des déserts , Et des beaux champs d 'Europe on leur laisse l'empire! Armons-nous, réparons un si honteux délire: Que pour ce grand objet quatre rois se liguants. Aux sables de Ceuta rejettent ces brigands.

(^ à Doiii Henri. ) Prenez un sceptre offert par la patrie entière, Et détrônez le Maure, et non pas votre frère : Sous vous, avec Guesclin ,je marche le premier; iSous sommes deux soldats, et lui seul est guerrier. Confions sagement à l'œil de sa prudence Les armes d'Angleterre et d'Espagne et de France*. Pedre, dans ce projet, nous secondera tous: Charle eu fut l'inventeur, mon père en est jaloux ; Même il m'a dit vingt fois : « Malgré nos longues

t< haines , « Quand l'honneur parlera , Guesclin n'a plus de

« chaînes «.

Ainsi le sceptre heureux que je viens vous livrer Rompt les fers de l'ami qui va vous l'assurer. Je ne vous parle point d'un prix plus doux encore , Le roi peut vous céder la beauté qu'il adore : Vous allez satisfaire , honorer en ce jour La vertu, l'amitié, la patrie, et l'amour. Prononcez.

D o M HENRI.

Je venois , à vous comme à mon frère , Proposer ce projet , sur un plan tout contraire : Votre offre plus brillante a droit de m'émouvoir; Mais me justifier est mon premier devoir. Me punisse le ciel si, par quelques intrigues , Tramant contre mon roi d'ambitieuses ligues, Et si , lui dérobant les cœurs de ses sujets, J'osai jusqu'à son trône élever mes projets I

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