‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 275 sur 361 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

Mjis quand ses bras cruels, excités par Patlille , Eurent peaclant deux ans dévasté la CastiJle, Un peuple d'orplielins , levant les yeux vers luoi ^ Crut que les pleurs duu frère atteudritsûient un roi , Et que jusqu'à son cœur une main plus chérie Feroit enfin couler les pleurs de la patrie. Pour la première fois, troublant son calme affreux J'apporte à ses genoux des larmes et des vœux : Savez-vous sa réponse? Un poignard, qu'on arrête. Et que deux fois encore il levé sur ma tète ; Padilie le désarme. Et moi, toujours soumis, J'allai pleurer ailleurs mon frère et mon pays. Sa fureur me poursuit sur tout ce que j'adore ; En s'abreuvant de sang, il s'en altère encore; Et , sans vous retracer mes amis , mes parents . Mes cinq frères , hélas I sous son glaive expirants , Songez que ses bourreaux ont massacré ma mère ; Et voilà tous ses droits pour détester son frère I

nOM PEDRE.

Ta mère, à ta naissance , a mérité la mort. (Eiluuard et du Guescliu (oui un mouvemeutd"iut1ignatiou. )

DO M he:xri, impetueusenicut.

Tous l'entendez , seigneur ; a-t-il f|uelque remord ? Ce fut donc pour sauver les derniers de ma race Que j'acceptai ce trône où l'on m'offroit sa place. Si vos vaillantes mains surent i'v rétablir. De vos plus grands exploits il vous force à gémir. L'Espagne, retournant sous l'empire des crimes. N'est qu'un vaste bûcher tout couvert de victimes : Pour la sauver encore on n'appelle que moi ; Sans or et sans soldats, j'arrive, et je suis roi. Ainsi ses cruautés me donnent ses provinces ; L'amour, le choix du peuple a fait les premiers

princes :

Quels^itressontpluspurs,plusjustes, pins flatteurs? Le sceptre est un présent que m'ont fait tous les cœurs.

DO M PEDRE, toujours avec violence.

Mon peuple est-il mon juge? Amour, rigueur^

vengeance, Oubli de mes devoirs , abus de ma puissance , J'en dois compte à moi seul. Vous, nés pour obéir, Au lieu de me combattre, il falioit me fléchir. Mais de mes passions vous irritiez la flamme. J'ai vu lues vils sujets attenter sur mon arae , En superbes tyrans disposer de ma foi.

Je repoussai Bourbon qu'ils ra'offroient malgré moi : Ils proscrivoieut Padille ; elle m'en fut plus chère ; Et je la défendis contre ma propre mère. Enfin , si je versai votre sang criminel , Je fus juste, sévère, et ne fus point cruel.

( plus impétueusement. ) Kends-moi mon trône , ou crains que plus sévère

encore...

L) O M H E N Pi I.

Du trône de Grenade on veut priver le Maure ; Et je venois t'offrir mon armée et mon bras , Pour te couronner roi sur leurs riches états. Rends ces peuples heureux : la Castille peut-être. Te vovant mieux régner, regrettera son maître. Quittant son sceptre alors, Henri te le rendroit, Et l'empire du Maure en ma main reviendroit.

( V03 ant l'air sérieux de Dom Pedre. ) Mais non : puisqu'Edouard m'offre avec cet empire. Une épouse, un ami, premiers biens où j'aspire, Je suis prêt d'accepter...

DU GUESCLIÎf.

Qu'allez- vous faire? 0 ciel!

Mettre ce peuple encor sous le couteau mortel ? Si pour ma liberté votre cœur sacrifie Les jours de vos sujets , le sang de la patrie , En vous déshonorant vous allez m'avilir : Et je fuirois un roi qui m'aurcit fait rougir.

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