ACTE V, SCENE II. i5i
"Vingt ans je m'en suis vu l'amour et l'espérance ^ J'aurois pu , répondant à leurs tendres souhaits , Compter autant d'amis que javois de sujets, ^lalheureux , j 'étais né pour le bonheur suprême . On m'offroit sur le trône un digne objet que j "aime ; Je l'avois dans mes bras , et len ai reieté J
( se levant.) Ah ! dans cet univers , où je suis détesté , Nul mortel ne me hait autant que je m'abhorre.
DOM F£RNAND.
Seigneur, c'est Bourbon même en qui j'espère
encore :
Dans le camp de Henri je vais, je cours la voir • Souffrez...
DOM PEDRE.
[à part.)
Non. Cachons-lui quelle est en mon pouvoir.
DOM FERNANl).
Eh bien 1 aux assaillants Montiel inaccessible Est de tous vos états le fort le plus terrible : La garde en est nombreuse : et je pourrois, seigneur Y retenir long-temps , et tromper le vainqueur. Tons, fuyez avec art : sous cette roche antique , Gagnez les bords du Tage , et voguez vers l'A/riq ue.
DOM PEDRE.
Moi , chez des rois heureux porter encor mes jjas .' Montrer de cours en cours le plus grand des ingrats I Quel monarque insensé defendroit ce barbare, Ce Pedre, qui trahit le vainqueur de Najarre ? Plus d'espoir, plus d'amis que je puisse atten<lrir : Il faut être Fernand pour me pouvoir souffrir.
(en se promenant.) Ma rage à chaque instant s'enflamme et s'envenime ; Je déteste à la fcis et respire le crime : Mourons , mourons enfin , c'est l'honneurdes
vaincus ;
i52 PIERRE LE CRUEL.
Mais moujroas dans le sang , ainsi que j'y vécus. Laisse-moi seul. Va ; crains un furieux qui t'aime , Qui ne se connoit plus , qur tremble pour toi-raèiue. Ciel ! que vois-je .-* Edouard î