‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 302 sur 361 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

KAYEL, ALRÉRIC.

1. L B É R I c , après avoir observé de loin Favel , qui piuuU

F très agite'.

AY EL tremble et gémit ! le fiel qui le dévore , Tout prêt à sépancher, semble saigrir encore.

FAYEL, eu s''asse\aut.

Je mandois Albéric ; j 'ail ois tout révéler : Le voilà devant moi; je frémis de parler.

ALBÉRIC, s''approcliant.

Seigneur, vos yeux, chargés de sinistres nuages , D'un sombre déses])oir m'annoncent les orages : Au fond de votre cœur vos soupirs retenus, S'écbappant malgré vous, craignent d'être entendus : Je vois du noir chagrin , dont l'excès vous consume , Fermenter des long-temps la brûlante amertume : Cemalheur, dans Autrey consternant tous les cœurs, Change ce lieu paisible en un séjour de pleurs :

iG4 GABRIELLE DE VERv'^xY.

Votre épouse mourante a vu , par la tristesse, Se faner sur son front les fleurs de la jeunesse. Quels levers inconnus sèment ici l'effroi? Ce secret renfermé doit offenser ma foi; Il eût volé jadis au-devant de mon zèle. Albéric n'est-il plus cet écuyer fidèle , Entre tous vos vassaux choisi par l'amitié , A vos destins divers dès l'enfance lié , Qui dans les champs d'honneur suivant votre vaillance...?

F A Y E L , lui prenant la main.

Des bords de la Syrie , aux rives de la France , Philippe est arrivé. Je vais apjtiofondir Des horreurs que je brûle, et crains de découvrir.

ALBÉRIC

Comte, vous m'étonnez. Quelle crainte importune

Dans le retour du roi vous montre une infortune ?

Honorant sa couronne et le sang des Capets .

Ce roi, l'amour du monde, et le dieu des Français,

A qui mille vertus donnent le nom d'Auçfusf e .

Pour vous seul aujourd'hui deviendroit-il injuste?

Pour vous qui , secondant ses rapides exploits ,

Au Bourguignon rebelle imposâtes ses lois?

Déjà le premier don de sa reconnoissance

Des fruits de la victoire accrut votre puissance :

Sa politique sage en vous a raffermi

Le rempart qu'il oppose à son lier ennemi.

Quand le duc de Bourgogne, opprimant sa famille ,

Armoit contre Yergy, qui lui donna sa fille;

Quand ce père offensé, vous prenant pour vengeur.

De la duchesse encor vint vous offrir la sœur.

Le roi, favorisant cet illustre hyraénée,

Par un ordre secret en pressa la journée.

Contre les Musulmans prêt à porter ses pas ,

Il voulut à vous seul confier ces climats :

Autrey fut par ses .soins la dot de votre épouse ;

Page 1