ACTE I, SCENE II
F AY E L
Eh ! qu'importe la foi que le cœur ne suit pas? C'est un présent honteux. Il faut que je rougisse Du borAeur de mes jours , s'il fait votre supplice. L'amour, premier devoir qu'exige votre foi, Ici, comme une grâce, est réclamé par moi: Mais vos tristes froideurs...
GABRIELLE
Est-ce à vous de vous plaindre.^ Seigneur.'' et quels devoirs me voyez-vous enfreindre ? Depuis deux ans qu'ici mon sort m'unit à vous , J'ai chéri, révéré , consolé mon époux.
Vous ave/, vu la mort, à mes côtés errante , Yingt fois m'environner de .sa faux menaçante ; I. 'abîme du tombeau se fermer, se rouvrir ; Il prend , lâche sa proie , et la vient ressaisir. Dans ce corps défaillant si l'arae est affaissée, Le sentiment flétri , la raison éclipsée , Ah .' seigneur, est-ce à moi qui] le faut reprocher.^ Je sens plus que jamais mon heure s'a])procJier. L'excès de votre amour, dont je suis attendrie, A fait de vos douleurs le poison de ma vie ; Eh! quel tourment affreux pour le plus tendre cœur D'affliger un ami dont il veut le bonheur î Faut-il qu'à mon destin vous attachiez le vôtre , Quand le ciel va bieiitôt séparer l'un et l'autre.'* l'îientôt, Fayel , ces traits, ce eœur que vous aime/., A la terre rendus, y seront consumés : Souffrez avec courage ùn'malheur nécessaire Qui détruit tôt ou tard l'union la plus chère. Puisse tout ce que j'aime être heureux après moi ! Et je meurs sans regret ainsi que sans effroi.
FAYEL
Sans regret! Votre cœur m'en auroit dû, sans doute,
( avec amertume. )
Peut-être oublie/.-vous ceux qu'un autre vous coùtt-.''
( Gabriclle étonnée le regarde ; il se reprend vivement. ) Un père... à votre amour n'en peut-il arracher.*' Mais il forma nos noeuds, il ne vous est plus cher. A vos veux cependant il va bientôt paroitre»: Vergy, dans nos climats, revient avec son maître . Sortis , depuis deux jours , des remparts de Lyon L'aurore a dû les voir s'éloigner de Dijon. Par leur ordre, à l'instant, on vient de me prescrire De les suivre à Paris, et de vous y conduire.
GABRIELLE
Moi.^ seigneur.
FAYE L
Oui , madame : il faut que ce grand jour Vous rende aux soins hrillants,auxpompes de la cour: Je vais tout préparer. Ma franchise rigide Demande, près des rois , votre douceur pour guide. . L'éclat peut dissiper vos ennuis odieux, Toujours nourris d'eux-même en ces paisibles lieux. S'il vous manque un printemps pour compter quatre
lustres , Vos vertus , à la cour, n'en sont pas moins illustres. Ses superbes beautés , que vous seule effacez , Vous aiment, en ])leurant leurs attraits éclipsés ; Et, dans le sein des arts, que vous savez connoître, Votre esprit occupé va reprendre son être.
GABRIELLE
Ah! seigneur, je frémis: où me conduisez-vous? Si vous m'aimez encor... je tombe à vos genoux; Laissez-moi , par pitié , dans ce lieu solitaire.
F A Y EL
Suivez l'ordre absolu d'un monarque et d'un père. Moi , plus amant qu'époux, vous savez si ma voix Usa du droit cruel de vous dicter des lois. Kayel, s'il eût jamais voulu parler en maître, Eut commandé l'amour : mais l'amour ne peut l'être.
( il sort. )