SCENE III
GABRIELLE, ISAURE
GABRiEliLE, tombant dans un fauteuil.
Isaure, je succombe ; hélas ! c'en est donc fait ! - Ils avoient à mon coeur g^rdé ce dernier trait. « Suivez l'ordre absolu d'un monarque et d'un père .'■ Leurs ordres en tout temps ont causé ma misère. Quoi .' mon père et mon roi sont mes premiers bourreaux !
Mon ame les adore , et leur doit tous ses maux. ! Ah î cruels , poursuivez , traînez votre victime De l'autel à la tombe , et du malheur au crime. Yois-tu de mes destins quel q^t l'horrible cours, Et l'abîme où je suis, et l'abîme où je cours .^ Concois-tu de Vergv limpi ndence barbare , Et quels nouveaux tourments sa rigueur me prépare.^ Combien il abusa de ses droits j)aternels.' Il m'enchaîne aux malbeurs par des nœuds éternels ; Il sépare deux cœurs unis des leur enfance , Dont ma mère approuvoit l'espoir et la constance; Sa main, pour m'asservir à ces injustes lois, Surprend l'autorité du plus juste des rois; Et, déployant soudain l'arrêt de ma ruine. Précipite en secret le nœud qui m'assassine. Loin de toi, de l'hvmen j'allumai le flambeau : Je ne vis point d'autel, je ne vis qu'un tombeau. Interdite ,et, voulant douter de ma misère, Mes timides regards se levoient sur mon père ; L'inhumain.' A Favel il présenta ma foi , Comme un don de ce cœur qu'il disoit être à moi. Sa hauteur s'assuroit que ma simple jeunesse. Aux veux d'un inconnu renfermant ma foiblesse.
Devant vingt chevaliers, n'oseroit démentir Un père, à qui son sang ne savoit qu'obéir. Hélas ! j'écoutai trop la voix de la nature ; Et mon père étoit sourd à ce tendre murmure.
Il est trop vrai. Toujours sa stoique froideur Des passions en lui sut étouffer l'ardeur. Sur elles conservant un empire suprême , Il les juge en autrui comme il les sent lui-même ; Il n'a pu voir en vous ces feux tumultueux Qui, des sens enivrés tyrans impétueux, DoEnant un nouvel être à notre ame asservie , Font du premier soupir le destin de la vie. Il crut que, respectant et bénissant son choix, L'amour devoit s'éteindre et renaître à sa voix. De son âge glacé froide et cruelle idole, La politique, hélas 1 par ses mains vous immole.
GA-BRIELT. E.
Bien plus. Mon cher Coucy, son horrible pouvoir Me défend de t'aimer, et me force à te voir .' Ah ! pour vaincre un amour dont ma vertu s'indigne , Pour rendre à mon époux ce cœur, dont il est digne , Le ciel m'en est témoin, j'ai tout fait, tout tenté ; Mes forces ont toujours trahi ma volonté. Et j'irois de Raoul braver encor la vue, Ses regards tout remplis du poison. qui me tue ! Son affreux désespoir, dont la tendre langueur Viendroit me rappeler tous ses droits sur mon cœur ! Son génie éclatant, 'son courage sublime ! Et son fidèle amour, dont l'idée est un crime ! Raoul , si je te vois , pourrai-je un seul moment Oublier, près de toi , les traits de mon amant ? Oublier ce héros, dont l'aimable sagesse De son siècle grossier sut polir la rudesse ; Dont l'esprit, déjà mùr dès sa jeune saison ,