‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 319 sur 361 · M ON L A C · texte numérisé non relu

M ON L A C

Appreuez des malheurs Qui doivent à vos yeux coûter encor des pleurs. C'étoit peu que Raoul mourût pour la patrie , Le sort voulut dïux fois sacrifier sa vie.

GABRIELLE

Que dis-tu ?

Ce billet m'est à peine remis.

Soudain nous nous voyons entourés d'ennemis : Je vois l'horreur, le sang, les flambeaux, et les armes, Remplir le camp francois de débris et d'alarmes. Saladin , trop instruit du grand art des guerriers , Venoit à ses vainqueurs dérober leurs lauriers : De nos chrétiens captifs son adroite imposture Avoit aux Musulmans fait revêtir l'armure : La mort voloit sans bruit sur notre camp trompe. Dans ce carnage affreux Raoul enveloppé Fut , sous mon corps sanglant , massacré sans défense : Et lorsque de Rhétel l'intrépide constance , Expiant notre erreur, chassant les Sarrazins, M'eût arraché mourant de leurs bras inhumains , Ni ses yeux , ni les miens , ne purent reconnoître Les restes déchirés de mon malheureux maître. Dans des monceaux de morts mutilés et meurtris, Chacun cherchoit en vain ses frères ou ses fils ; Les monstres au sultan, fier de telles conquêtes , De nos chefs égorgés alloient vendre les tètes. Voilà par quel revers le destin, malgré moi , De mon serment sacré m'a fait trahir la loi. Pour comble de disgracq, en quittant la Syrie, La tempête me jette aux rochers de Candie : Retenu plus d'un mois dans ce triste séjour

^iTCTE II, SCENE II. i85

A" peine ai-je du roi devancé le retour ; Et j'arrivois de Gêne aux rives de la Saône Quand sa flotte rentroit dans les bouches du Rhône.

GABRIELLE, dans le plus grand accablement. Est-ce éprouver assez les cruautés du sort ? Il veut multiplier ton trépas et rua mort. Monlac, daifjne épargner ma misère profonde : Que veux-tu qu'à tes pleurs mon désespoir réponde ? Le sentiment s'épuise en des malheurs si grands : Une douleur slupide absorbe tous mes sens. Va, mon dernier moment, que cette lettre avance , Sera marqué poar toi par ma reconnoissance.

MONLAC.

Eh ! qu'ai-je à désirer.** j'ai perdu mon ami. Quand j'osai lui survivre, il fut trop obéi : Je vous donne la mort , je la porte à son père . Et la trouver moi-même est le bien que j'espère. Adieu , madame.

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