‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 321 sur 361 · ACTE II, SCENE V. 1S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V. 1S

GABRIELLE, s'iiiteiTOmpant de lire.

Ail ! retenons mes pleurs , ils a ont tout effacer.

FAY E L , approchant.

Que lit-elle?

GABRIELLE, Tapercevaut.

Grand dieu !

FATEÏi, se jetautsur la lettre, et la lui arrachant.

Donnez , donnez , parjure :

Il est teujps d'éclairer ta honte et mon injure.

( il V donue un coup d'œil. ) C'est le seing de Coucy 1 c'est ton arrêt fatal. Tu me fais annoncer la mort de mon rival , Il respire, il t'écrit 1 l'ardeur qui vous anime Par des détours si bas concerte encor le crime ! Tremble , tu vas périr.

GABRIELLE , avec la plus grande tranquillité. Lisez, et rougissez.

F A Y E L , déconcerte.

Comment! quel calme...! Eh quoi I mes transports

insensés...

Puissé-je avoir bientôt à me punir moi-même !

( il lit le billet rapidement. ) C'est l'adieu de Raoul à son heure suprême. Ce gage de sa mort...

GABRIELLE, vovant sa joie.

Est bien doux à vos veux.

FAY E L

Un amant adoré... fait seul de tels adieux.

GABRIELLE

Oui , jel'aimois, seigneur; et j'ai dû vou-^ le taire Quand j'ai craint pour vous deux cet aveu trop

sincère.

Allié de mon roi, fils des braves Coucjs , Digne en tout de ma main et du sang des \epgvs , Ce héros me fut cher dès 1 âge le plu.s tendre ; Ivloncœur à tousses droits fut contraint de se rendre.

i88 GABRIELLE DE VERGY:

Si ma mère eût vécu, Vergy, dans soa courroux,

Ne m'auroit fait jamais accepter d'autre époux.

Mais par un ordre affreux à l'autel appelée,

A de vains intérêts en esclave immolée ,

Du pouvoir paternel je subis la rigueur;

Il fallut par serment renoncer au bonheur :

Traînant loin de Raoul ma chaîne infortunée,

A ne le voir jamais je ra'étois condamnée :

Il paya de ses jours ses vœux sacrifiés ;

( montrant la lettre qu'il tient. ) Voilà ce qui m'en reste , et vous me l'enviez ; J'ai combattu deux ans cette invincible flamme , Ce sentiment, la vie et l'ame de mon arae : Sans vous la vertu mêmeapprouvoit ses transports, J'ai connu par vous seul la honte des remords. Osez me reprocher un penchant légitime Qui devient mon supplice et ne futpoint mon crime: .le devois vous garder , et vous gardois ma foi : Mais l'instinct de mon cœur dépendoit-il de moi .-' Je dis plus, au milieu des tourments que j'endure. Me suis-je devant vous permis un seul murmure.** Ah! c'est mon père encor qu'ici j'ose accuser : De ma main, sans mon cœur, il voulut disposer, C'est lui qui perd enfin, par sa rigueur extrême, Raoul , sa fille , vous , et peut-être lui-même. Son refus pour vous seul eût été douloureux ; - Mais, m'unissant à vous, il fit trois malheureux. Dieu ! par ses seuls regrets daigne punir mon père ; Des enfants immolés que je sois la dernière !

F AY E L

Qu'ai-je fait.»* je m'abhorre, et tombe à vos genoux.

( elle le relient. ) Ah ! l'amour qu'on dédaigne a droit d'être jaloux. IVIais quel supplice affreux moi-même je m'impose .' Je sens deux fois tes maux quand c est moi qui les cause.

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