ACTE II, SCENE V
Né fougueux , violent , extrême en tous mes vœux, Je ne puis gouverner mes sens impétueux; Et depuis que l'araour , sans rapprocher nos âmes. Dans mon oceur tout de feu répand encor ses flammes, l'ayel est vers vous seule emporté loin de soi : Ma funeste existence est plus en vous qu'en moi ; Mes jours, si vous m'aimiez, seroient purs et tranquilles; Hélas 1 qu'aux cœurs heureux les vertus sont faciles!
(avec un peu Je joie. ) Je crois qu'enfin le ciel , qui nous unit tous deux , T'enlève mon rival pour mieux serrer nos nœuds; Il détruit l'aliment de ta flamme funeste:; Il veut que sans combats la victoire te reste. Ion joug est désormais plus léger et plus doux : Remplis ton seul devoir, règne sur ton époux; Inspire-moi ton ame et si pure et si tendre ; Sur tout ce qui t'approche elle sait se répandre : A tes rares vertus Raoul dut sa grandeur ; Rends-moi... tel qu'il étoit pour mériter ton cœur.
(très vivement. ) Arbitre de mon sort , maîtresse de ma vie , Tu vas de mes destins répondre à ma patrie ; Sur les pas des héros j'ai su me signaler ; Soutenu par ta voix*]e puis les égaler. Tu m'as fait imiter ta noble bienfaisance , Je veux la surpasser. Ah ! vois pour l'indigence , Pour mon peuple épuisé tous mes trésors s'ouvrir; Je ferai des heureux, ce sera m'eurichir.
(tendrement. ) Mais promets-moi du moins qu'une cendre insensible Ne rendra plus ton ame à mes soins inflexible ; Que tu vivras pour moi ; que , respectant tes jours , Ta douleur cessera d'en corrompre le cours. GABRIELLE, le regardant avec douceur.
Et contre tant d'amour mon cœur put se défendre I
I90 GAERIELLE DE VERGY.
Je le sens pénétré d'une plainte si tendre. Vous, qui me demandez des leçons de vertus, Vous en offrez l'exemple à mes esj)rits confus. Ah ! combien devant vous il faut que je rougisse ! Commandez, je vous dois le plus grand sacrifice. Ciel ! le puis-je achever, et détruire en un jour Le sentiment profond du plus constant amour .•' Je vous offense encor: mai^ pourriez-vous me croire Si je vantois déjà cette [)rompte victoire.^ Daignez attendre tout du temps , de mes efforts , Du droit de vos vertus, du pouvoir des reuiords ; J'ai honte... de n'oser promettre davantage : De ma sincérité cette crainte est le gage.
( avec fermeté. ] Seigneur, ne gardons rien qui puisse entretenir La dangereuse erreur d'un fatal souvenir : Monlac va vous jurer qu'il n'a pu me remettre ^ Le don cher et cruel qu'annonce cette lettre : Sur-tout à mes regards ne la montrez jamais , Et ne me nommez point le héros que j'aimois. Je sais que ce n'est plus vous rendre un digne hom-
mage, Ce n'est plus s gnaler ma foi ni mon courage , Qu'après sa mort, hélas ! oublier mon amant.
( avec douleur. ) Que n'ai-Je le bonheur de l'oublier vivant ! Mes jours sont votre bien, et ma juste tendresse...
r À.Y EL.
Mon ame s'aibandonne à la plus douce ivresse. Quoi ! du bonheur enfin l'aurore luit pour moi ^ Et le don de ton cœur suit le don de ta foi .'