‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 343 sur 361 · ACTE lY, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCENE I

Je n'ai plus retrouvé sur son visage empreinte D'un jaloux inquiet la pénible contrainte.

GABRIEL LE

Hélas I en un moment peut-il ainsi changer .*' C'est ce calme suspect, dans son ame étranger, Qui redouble l'effroi dont je me sens frappée. A ni'observer moi-même en secret occupée, Peut-être que mon trouble a mal jugé du sien. D'ailleurs avec Monlac son paisible entretien , Le récit qu'en ont fait Albéric et d'Arraance , Sont autant de raisons contre ma défiance ; Mais je ne pourrai voir mon tourment adouci Qu'on ne m'ait répondu des destins de Conrv. Vois du moins...

Je voudrois qu'il put encor paioitre :

Qu'nn dernier entretien lui fit enfin connoître Que vos jours exposés par un nouveau retour Révolteroient ensemble et l'honneur et l'amour : Qu'un héros , un amant généreux, et fîdele . Doit à votre repos une absence éternelle. Vous seule à ces raisons donneriez touî leur poids; L'amant désespéré n'entend plus qu'une voix : L'arrêt qui le résout à s'immoler lui-même Doit être prononcé par la bouche qu'il aime.

GABRIELLE

Non , ce n'est pas de moi qu'il le doit recevoir. Epargne-moi plutôt le danger de le voir. Que depuis ce matin son aspect m'épouvante ! O terrible réveil d'une ardeur si puissante .' Isaure ,*ce n'est plus cette douce langueur Qui nourrissoit ensemble et consumoit mon cœur; C'est un feu dévorant que rien ne peut contraindre, Irrité des efforts que j ai faits pour l'éteindre : C'est lui qui me soutient, et son fatal poison A ranimé mes sens en troublant ma raison.

2i.\ GABRIELLE DE VEROY.

Si je pouvois bannir Raoul de ma mémoire.

Je sens que j'en mourrois en pleurant ma victoire;

.le maudis les -vertus que je veux embrasser.

Je déteste mon crime , et n'y puis renoncer. ,

Ah .' revenez à vous; ces honteuses alarmes...

GABRIELLE

Que ne puis-je effacer par de plus dignes larmes La honte de ces pleurs que je verse en ton sein : Ah ! remplis , par pitié , ton devoir inhumain : Ose avec dureté me reprocher mon crime : Dis-moi que ton amie a perdu ton estime : Redouble, aigris ma honte afin de me guérir: On revient d'une erreur à force d'en rougir. Va , s'il est dans ces lieux, porte à ce cœur fidèle D'un éternel exil la sentence mortelle : Mais adoucis les traits dont il faut l'accabler; Hélas ! en le frappant , cherche à le consoler: Dis-lui que ses malheurj font toute ma souffrance ; Dis-lui que j'ordonnois... et pleurois son al)sence. Quel emploi je te donne ! Ah ! la seule amitié Sait joindre le courage à la tendre pitié. Va. Le voici l fuyons.

GOUGY, GABRIELLE, ISA U RE

C O c c Y , entrant par où il est sorti Pacte pre'ce' Jcut , et arrêtant GaLricUe.

Ah ! souffrez ma présence, Cruelle ! je rougis de mon^obéissance , D'avoir fui par votre ordre un horrible danger, Qu'avec vous et Monlac je reviens partager.

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