‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 344 sur 361 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

GABRIRLLE.

Ce danger cesse enfin. Mais l'honneur vous exile ; I-'ayel ignore tout, il est parti tranfjuille: Monlac , l'éblouissant de discours captieux , Pour le mieux abuser est sorti de ces lieux : Au récit qu'on m'a fait j'ai dû. même comprendre... (Si l'on ne cherche pas du moins à me surprendre) Que Monlac vous attend assez près de nos murs : Allez, vous connoissez tous les sentiers obscurs...

Mais, puisque nul péril ici ne vous menace, D'un dernier entretien je demande la grâce.

GA-ERIELLE.

Non... *

Le plus saint devoir veut que vous m'écoutiez.

GABRIEI>I-E.

Il veut que je vous fuie.

c o t; c \ , l'arrêtant.

Ah 1 je meurs à vos pieds.

Vous m'osez retenir!

Oui , je l'ose , inhumaine.

GABRIELLE , avec impétuosité.

Téméraire ! c'est là le vrai soin qui t'amène ; De mon fatal amour tu veux m'entretenir, De mes regrets honteux m'accabler à loisir, M'enivrer de mon crime ! Ah .' ce transport coupable Enfin à ma vertu te rend moins redoutable ; Raoul vent devenir indigne de mon cœur; Il faudra le hair. c'est mon plus grand malheur.

c O u c Y , la retenant encure.

Ingrate ! rougissez d'un sou[)Con qui m'outrage : A vous parler encor c'est l'honneur qui m'eugage. ( elle commence à l'écouter.)

2i() r.ABRIELLE L>£ VEKGY.

Tantôt du foihle ;imour les plaintives douleurs, En nous attendrissant , ont relâché nos cœurs ; La mort fut votre espoir et votre unique envie : Je veux qu'un beau triomphe assure votre vie. C'est moi qui la troublai , seul j 'en fais le tourment ; Renoncez pour jamais à ce funeste amant. Ciel ! Et Raoul prononce un arrêt si terrible 1 Oui, j'exige de vous ce qui m'est impossible. Mais nos cœurs ont besoin , dans ce moment cruel De se prêler encore un secours mutuel : Pour régler mon destin., c'est vous que je contemple; Et ma vie ou ma mort dépend de votre exemple : Fixez, encouragez mes esprits éperdus ; L'un à l'autre, en tout temps, nous dûmes nos -^ ertus,

GABRIEL i^E, avcc tlouccur.

Eh bien! luon cher Raoul, que des chaînes sibeîies. Que formoient ces vertus, soient toujours digne*

d'elles.

^ avec une véhémence qui s'échauffe par degrés. ) Les grandes passions naissent dans un grand cœ(ir, Qui les sent fortement sait en être vainqueur; Le courage n'est point dans la froideur stoïque. C'est une ame de feu qui seule est héroïque. Je sens que notre amour ne se peut étouffer, Mais c'est en l'épurant qu'il ea faut triompher. Songe, en nos premiers ans, quelles rapides flammes Au seul nom de vertu, venoient saisir nos âmes ; Comme, leur union redoublant leur vigueur. Toutes deux s'excitoient , se portoient vers l'honneur:

Comme l'amour lui-même, à la gloire fidèle , Fut un flambeau de plus qui nous guida vers elle: Tu viens de rallumer le même zèle en moi ; Je vois qu'à mes discours il se réveille en toi. Prévenons à l'instant, dans l'ardeur qui nous preste, Quelque lâche retour,' quelque indigne foible.sse;

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