SCENE V
TITUS, VITELLIE, TULLIE, gardes.
VITELLIE.
Ah ! seigneur, épargnez votre ami malheureux ,
On a surpris sa foi par des pièges affreux ;
Il n'est que l'instrument d'un monstre détestable ,
Criminel envers vous , envers lui plus coupable :
Je viens vous le livrer, ce fatal séducteur :
Mais en le connoissant, vous frémirez d'horreur...
TITUS
Arrêtez. Mes projets vous plairont mieux peut-être:
Je veux lui pardonner, que sert de le connoître ?
Devant moi , chaque jour, il auroit à rougir ;
Et je l'exposerois encore à me haïr.
Mais qu'il m'est doux de voir l'intérêt magnanime
Qui contre votre sang pour Titus vous ac^.ime !
Lentalus n'a donc pu me ravir votre foi..?
Je vois que le cruel vous trompa plus que moi.
Madame, il m'arracha le dessein salutaire
De vous remettre au rang où régna votre père;
Sans doute il prétendoit , se parant de vos droits ,
Dans Rome en sa faveur soulever quelque voix :
Votre amitié fidèle ici le désavoue ,
Et mon projet revit lorsque le sien échoue.
(il voit entrer Sextus, et fait un pas vers lui. )