LIVRE Il
OÙ le sommeil l'invite au fond d'un antre sombre, Où des rochers voisins versent le frais et l'ombre .
Surtout je crains pour elle et la rage et le bruit Des insectes ailés que la chaleur produit. A.UX rives du Silare , où des forêts d'yeuses Prolongent dans les champs leurs ombres ténébreuses, Vole un insecte affreux '•>, que Junon autrefois, Pour tourmenter lo, déchaîna dans les bois. Aux bourdonnements sourds de son aile bruyante. Tout un troupeau s'enfuit en hurlant d'épouvante : De leurs cris furieux le Tanagre frémit ; La forêt s'en ébranle, et l'Olympe en gémit. Fais donc paître la mère au soir ou dès l'aurore, Lorsque de son hymen les fruits sont près d'éclore.
Sont-ils nés, à tes soins ils ont droit à leur tour. Marque au front de chacun quel sort l'attend un j')ur : Les uns sont du troupeau l'espérance certaine; D'autres d'un soc tranchant déchireront la plaine; D'autres pour les autels de fleurs seront parés , Lt le reste au hasard ': bondira dans les prés.
Aoii saltu siiperare viam sit passas, et acri Carpere prata fuga, lluviosipic innare rapaccs. Saltibus in vacuis pascant, et pleiia secunduiii Flumina, musciis ubi, et viritlissitna gramine ripa , Speluncseque tegant , et saxea procubet uiiibra.
Est lucos Silari circa ilicibusqiie virentem Plurimus Albiirnum voiitans, cui nomen asilo Uomanuni est, œstrum Graii vertere vocanlrs : Asper , acerba sonans : quo tota exterrila siivis <S0 Diffiigiiint armenta ; fiirit mugltibus ïtiicr Concussus, silva?que et sicci ripa Tanagci. Hoc quondam monstro borribiles esercuit iras Inachiae Jiino pestem mciiitata juvencae : Ilunc quoque, nam nicdiis fervoribiis acrior iiislaf, Arcebis gravido pecori , armentaque pasces So!e receiis orto, aut noctcni ducentibus astris.
I-ost partuin cura in vitulos traducitur oninis: Coiitiiinoque notas et nomina gentis inuruiit;
DKI.ILLL. 40
110 Li:S GKORGIQUES.
Ceux qu'on destine au soc, il faut des leur jeune âge Discipliner au joug leur docile courage : Sur son cou libre encor, ton jeune nourrisson Porte un collier flottant, pour première leçon; Bientôt deux compagnons , qu'un joug d'osier rassemble , Apprennent à marcber, à s'arrêter ensemble; Déjà même un char vide est par eux emporté, Et glisse sur l'arène avec agilité; ]>uis sous un lourd fardeau, qu'ils ébranlent à peine , Ils font crier la roue , et sillonnent la plaine.
Cependant, pour nourrir tes élèves naissants , Au feuillage du saule, au vert gazon des champs, A l'herbe des marais joins la moisson nouvelle. De la mère autrefois on pressait la mamelle : Pasteur plus indulgent , laisse-la sans regret Pour ses tendres enfants épancher tout son lait.
INlais veux-tu près d'Élis, dans des torrents de poudre, Guider un char plus prompt, plus brûlant que la foudre ;
Et quos aut pecori inalint submittere habendo , iW Aut aris servare sacros, aut sciudere terrain.
Et campum horrentem fractis invertere gleliis.
Caetera pascuntur virides annenta per herbas. Tu (|uos ad studium atque usum formabis agresti'in ,
.lam vitulos hortare, viainque insiste domandi ,
Duni faciles aniini juvenuin , dum inobilis xtas.
Ac primum laxos tenui de vimine circlos
Cervici subnecte ; dehinc , ubi libéra colla
Servitio assuerint, ipsis e torquibus aptos
Junge j)arcs, et coge gradum conferre juvencos ; 170 Atque illis jam saepe voix ducantur inanes
Per terram , et summo vestigia pulvere signent :
Post valido nitens sub pondère faginus axis
Instrepat, et junctos temo trabat sereus orbes. Interea pubi indomitae non gramina tantuni ,
Nec vescas saUcum frondes, ulvamque iialiislrrin,
Setl fruinenta manu carpes sata ; nec tibi fêta-,
More patruin, nivea implcbunt muictralia vacc.T;
Sed tota in duices consument ul)era natos.
LivRK m. m
Veux tu, dans les horreurs d'un clioc tumultueux, Ré<<ler d'un fler coursier les bonds impétueux, Accoutume son oeil au spectacle des armes , Et son oreille au bruit, et son cœur aux alarmes; Qu'il entende déjà le cliquetis du frein , Le roulement des chars, les accents de l'airain ; Qu'au seul son de ta voix son allégresse éclate; Qu'il frémisse au doux bruit de la main qui le flatte.
Ainsi , de la mamelle à peine séparé , Ton élève à son art est déjà préparé : Déjà son front timide et sans expérience Vient aux premiers liens s'offrir sans défiance. Mais compte-t-il trois ans , bientôt mordant le frein , Il tourne, il caracole, il bondit sous ta main ; Sur ses jarrets nerveux il retombe en mesure : Pour la rendre plus libre on gène son allure ; Tout à coup il s'élance , et , plus prompt que l'éclair , ^ Dans les champs effleurés il court, vole , et fend l'air.
Tel le fougueux époux '* de la jeune Orythie Vole et disperse au loin les frimas de Scythie ,
Sin ad bella magis studiam , turmasque féroces , » 80 Aut Alpliaen rôtis praelabi flumina Pisse ,
Et Jovis in luco currus agitare volantes :
l'rimus equi labor est, animosatque arma videre
Ucllantum, lituosque pati, tractuque gementcm
l'erre rotain, et stabulo frenos audire sonantes;
Tum magis atque magis blandis gaudere magistri
Laudibus, et plausx sonitum cervicis amare. Atque haec jam primo depulsus ab ubere matris
Audeat, inque vicera det moUibus ora capistris
Invalidas , etiamque tremens, etiam inscius aevi. 490 At, tribus exactis, ubi quarta accesserit aeslas,
Cariiere mox gyrum incipiat , gradibusque sonare
Compositis , sinuetque alterna volumina crurum ,
Sitque laboranti similis: tum cursibus auras,
Tum vocet , ac per aperta volans , ceu liber habenis ,
.-Eipiora , vix summa vestigia |ionat arena. (Jualis hyperboreis Aquilo (|uum densus ab oris
112 LES GÉORGIQUI'S.
Fait frémir mollement les vagues des moissons , Balance les forêts sur la cime des monts , Chasse et poursuit les flots de l'océan qui gronde, l'.t balaye en fuyant les airs, la terre, et l'onde.
Un jour tu le verras, ce coursier généreux , Ensanglanter son mors et vaincre dans nos jeux ; Ou ^9, plus utile encor dans les champs de la guerre. Sous de rapides chars faire gémir la terre.
Ne l'engraisse ^^ surtout qu'après l'avoir dompté ; Autrement son orgueil jamais n'est surmonté : Il se dresse en fureur sous le fouet qui le touche, Et s'indigne du frein qui gourmande sa bouche.
Crains aussi, crains l'amour, dont la douce langueur Des troupeaux, quels qu'ils soient, énerve la vigueur : Que des fleuves profonds , qu'une haute montagne , Sépare le taureau de sa belle compagne ; Ou que loin de ses yeux, dans l'étable caché, Près d'une ample pâture il demeure attaché.
Près d'elle il fond d'amour, il erre triste et sombre, Et néglige les eaux et la verdure et l'ombre.
Incubuit, Scythiaeque hiemes atque arida differt Nubila; tum segetes altae campique natantes Lenihus horrescunt flabris , summaîque sonorem
200 T)ant silvs , longique urgent ad littoia lluctus : nie volât, simul arva fuga, siinul œquora verrens.
Hic vel ad Elei tnetas et maxima campi Sudabit spatia, et spumas aget ore cruentas; lîelgica vel molli melius feret esseda coUo. Tum demum crassa magnum farragine corpus Crescere jam domitis sinito; namque ante domandiim Ingénies tollent animos, prensique negabunt Verbera lenta pati, et duris parère lupatis, Sed non ulla magis vires industria firmat,
210 Quam Venerem et caeci stimulos avertere amoris, Sive boum, slve est cui gratior usus equorum, Atque ideo tauros procul atque in sola relegant Pascua, post montcm oppositum, et trans Muinina lata; Aut intus clausos satura ad pra;sepia servant.