LIVRE IH
O VOUS, heureux bergers, veillez à leurs besoins; Leur toison et leur lait vous paieront de vos soins. Et moi, puissé-je orner cette aride matière ! Des ronces 3^, je le sais , hérissent ma carrière; Mais des sentiers battus je détourne mes pas : Oui, les déserts du Pinde ont pour moi des appas : Dans ces sentiers nouveaux qu'a frayés mon audace, Mon œil d'aucun mortel ne reconnaît la trace. Viens, auguste Paies, viens soutenir ma voix.
D'abord^o, que tes brebis, à couvert sous leurs toits. Jusqu'au printemps nouveau se nourrissent d'herbage ; Qu'une molle fougère et qu'un épais fourrage , Sous leurs corps délicats étendus par ta main , Rendent leur lit moins dur, leur asile plus sain. Les chèvres 4", à leur tour, veulent pour nourriture Des feuilles d'arboisier et l'onde la plus pure : Écarte de leur toit l'inclémence des airs ; Qu'il reçoive au midi le soleil des hivers , .Tusqu'aux jours où Phébus, quittant l'urne céleste, Du cercle de l'année achève enfin le reste .
Lanigeros agitare grèges, hirtasque capellas.
Hic labor; hinc laudem fortes sperate coloni.
Née sum animi dubius , verbis ea vincere magnum 290 Quam sit, et angustis hune addere rébus honorcm.
Sed me Parnassi déserta per ardua dulcis
Raptat amor : juvat ire jugis , qua nulla priorum
Castaliam molli devertitur orbita clivo.
Nunc, veneranda Pales , magno nunc ore sonandum. Incipiens stabulis edico in moUibus herbam
Carpere oves, dum mox frondosa reducitur sestas ;
Et multa duram stipula niicumque maniplis
Sternere subter humum , glacies nec frigida laedat
Molle pecus , scabiemqiie ferat turpesqiie podagras. 300 Post hinc digressus , jubeo frondentia capris
Arbuta sufKcere , et fluvios praebere récentes;
Et stabula a ventis hiberno opponere soli
Ad médium conversa diein, quum frigidus olim
Jam cadit , extremoque irrorat Aquarius aiino.
118 LtS GÉORGIQUtS.
Oui^', comme les brebis, l'bumble cbèvre a ses droits Si leur riche toison, pour habiller les rois. Aux fuseaux de Milet offre une laine pure, Et du poisson de Tyr boit la riche teinture, La chèvre a des trésors qui ne lui cèdent pas ; Ses enfants ^^ sont nombreux, son lait ne tarit pas; Et plus ta main avare épuise sa mamelle. Plus sa douce ambroisie entre tes doigts ruisselle. Cependant son époux ^^ contre l'âpre saison Nous cède ces longs poils qui parent son menton. Le jour ^^, au fond des bois, au penchant des collines , Elle vit de buissons , de ronces et d'épines; Le soir, fidèle à l'heure, elle rentre au hameau : Elle-même rassemble et conduit son troupeau ; Et, le sein tout gonflé des tributs qu'elle apporte , Du bercail avec peine elle franchit la porte. Soigne-la donc au moins durant les froids hivers , Et tiens sa maison chaude et tes greniers ouverts. Mais le printemps renaît^^, et le zéphyr t'appelle : Viens, conduis tes troupeaux sur la mousse nouvelle :
Hae quoque non cura nobis leviore tuendx ,
Nec minor usus erit, quamvis Milesia ma^no
Vellera mutentur Tyrios incocta rubores.
Densior hinc soboles, hinc largi copia lactis.
Quatn niagis exhausto spumaverit ubere miilclra, 310 Laîta magis pressis manabunt flumina mamniis.
Nec minus interea barbas incanaque menta
Cinyphii tondent liirci , setasque cornantes,
Usura in castroium , et miseris velamina nantis.
Pascuntur vero siivas, et summa Lycsei ,
Horrentesque rubos, et amantes ardua dumos;
Atque ipsae memores redeunt in tecta, suos(iue
Ducunt, et graviJo superant vis ubere limen.
Ergo omni studio glaciem ventosque nivales ,
Quo minor est illis curae mortalis ej^estas, 5^0 Avertes; victumque feres, et virgea la;tus
ral)ula, nec tota claudes fanilia bruina. At vero, Zepbyris quuiu Ixta vocaulil)us x-stas