LIVRE IV
Précieuse faveur du dieu puissant des oudes,
Dont il paît les troupeaux dans les plaines profondes.
Par lui tu connaîtras d'où naissent tes revers ;
Mais il faut qu'on l'y force en le chargant de fers.
On a beau l'implorer ; son cœur, sourd à la plainte ,
Résiste à la prière , et cède à la contrainte.
Moi-même , quand Phébus, partageant l'horizon ,
De ses feux dévorants jaunira le gazon ,
A l'heure où les troupeaux goûtent le frais de l'ombre ,
Je guiderai tes pas vers une grotte sombre
Où sommeille ce dieu , sorti du sein des flots.
Là tu le surprendras dans les bras du repos.
Mais à peine on l'attaque, il fuit , il prend la forme
D'un tigre furieux, d'un sanglier énorme ;
Serpentjl s'entrelace , et lion il rugit ;
C'est un feu qui pétille , im torrent qui mugit.
Mais plus il t' éblouit par mille formes vaines ,
Plus il faut resserrer l'étreinte de ses chaînes ,
Redoubler tes assauts , épuiser ses secrets ,
Et forcer ton captif à reprendre ses traits. »
Armenta et turpes pascit sub gurgite phocas.
Hic tibi, nate , prius vinclis capiundus, ut omnem
Expédiât morbi causam , eventusque secundet.
Nam sine vi non ulla dabit praecepta, neque i)lum
Orando flectes; vim duram et vincula capto 400 Tende ; doli circum ha;c demum frangentur inanes.
Ipsa ego te, medios quum sol accenderit aestus,
Quum sitiunt herbœ , et pecori jam gratior umbra est,
In sécréta senis ducam , quo fessus ab undis
Se recipit, facile ut sorano aggrediare jacentem.
Verum ubi correplum manibus vinclisque tenebris ,
Tum varia; illudent species atque ora ferarum.
Fiet enira subito sus horridus, atraque tigris,
Squamosusque draco, et fulva cervice leaena ;
Aut acrem flammae sonituin dabit, atque ita \inclis 410 Excidet, aut in aquas tenues dilapsus abibit.
Sed , quaoto ille magis formas se vertet in omnes,
Tanto , nate , magis contende tenacia vincla ;
Sur son fils , à ces mots , sa main officieuse Répand d'un doux parfum l'essence précieuse Cette pure ambroisie embaume ses cbeveux , Rend son corps plus agile et ses bras plus nerveux. Au sein des vastes mers s'avance un mont sauvage Où le flot mugissant , brisé par le rivage, Se divise , et s'enfonce en un profond bassin Qui reçoit les nochers dans son paisible sein. Là , dans un antre obscur se retirait Protée : Cyrène le prévient , y conduit Aristée , Le place loin du jour dans l'ombre de ces lieux , Se couvre d'un nuage , et se dérobe aux yeux.
Déjà le chien brûlant dont l'Inde est dévorée Vomissait tous ses feux sur la plaine altérée ; Déjà l'ardent midi , desséchant les ruisseaux , Jusqu'au fond de leur lit avait pompé leurs eaux : Pour respirer le frais dans sa grotte profonde , Protée en ce moment quittait le sein de l'onde ; Il marche ; près de lui le peuple entier des mers Bondit , et fait au loin jaillir les flots amers.
Donec talis erit mutato corpore, qualem Videris, incepto tegeret quum iumina sorano. »
Haîc ait , et liquidum ambrosiae diffudit odorem, Quo totutn nati corpus perdusit ; at illi Dulcis conipositis spiravit crinibus aura, Atque habilis membris vcnit vigor. Est specus ingens Exesi latere in montis , quo plurima vento 420 Cogitur , inque sinus scindit sese unda reductos . Deprensis olim statio tutissima nantis.
Intus se vasti Proteus tegit objice saxi. Hic juvenem in latebris aversura a luniine Nympha CoUocat : ipsa procul nebulis obscura resistit.
Jam rapidus torrens sitientes Sirius Indos Ardebat coelo et mcdiura sol igneus orbem Hauserat; arebant herbae, et cava flumina siccis Faucibus ad limum radii tepefacta coquebant, Quum Proteus consueta petens e fluctibus antra 430 D)at : eum vasti circum gens humida ponti