‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 53 sur 59 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Tous ces monstres épars s'endorment sur la rive. Alors , tel qu'un berger, quand la nuit sombre arrive ; Lorsque le loup s'irrite aux cris du tendre agneau, Le dieu sur son rocher compte au loin son troupeau.

A peine il s'assoupit , que le fils de Cyrène Accourt , pousse un grand cri , le saisit et l'enchaîne. Le vieillard de ses bras sort en feu dévorant ; Il s'échappe en lion , il se roule en torrent. Enfin , las d'opposer une défense vaine , Il cède ; et , se montrant sous une forme humaine : « Jeune imprudent , dit-il , qui t'amène en ce lieu .' Parle , que me veux-tu ? » « Vous le savez , grand dieu , Oui , vous le savez trop, lui répond Aristée; Le livre des destins est ouvert à Protée : L'ordre des immortels m'amène devant vous : Daignez... » Le dieu , roulant des yeux pleins de courroux , A peine de ses sens dompte la violence , Et tout bouillant encor rompt ainsi le silence :

Exsultans, rorem late dispersit amarutn.

Sternunt se somno diversae in litore phocae.

Ipse, vclut stabulis custos in montibus olim,

Vesper ubi e pastu vitulos ad tecta reducit,

Auditisque lupos acuunt balatibus agni,

Considit scopulo médius , numerumque recenset. Cujus Aristaeo quoniam est oblata facultas,

Vil defessa senem passus componere membra ,

Cum clamore ruit magno, manicisque jacentem 440 Occupât. liie , suae contra non immemor artis , ' Omnia transformat sese in miracula rerum,

Igneraque , horribilemque feram , fluviumque liquentem.

Verum, ubi nulla fugam reperit pellacia, victus

In sese redit, atque hominis tandem ore locutus :

« Nam quis te, juvenum confidentissime, nostras

Jussit adiré doraos? quidve hinc petis? » inquit. At ille :

i Scis , Proteu , scis ipse ; neque est te fallere quidquara :

Sed tu desine velle : deum praecepta secuti

Veniraus , hinc lapsis quxsitura oracula rébus. » 430 Tantum effatus. Ad haec valcs vi denique multa

Ardentes oculos intorsit lumine glauco ,

<< Tremble , un dieu te poursuit ! pour venger ses douleurs , Orphée a sur ta tête attiré ces malheurs ; Mais il n'a pas au crime égalé le supplice. Un jour tu poursuivais sa Odèle Eurydice ^^ ; Eurydice fuyait, hélas ! et ne vit pas Un serpent que les fleurs recelaient sous ses pas. La mort ferma ses yeux : les Nymphes ses compagnes De leurs cris douloureux remplirent les montagnes ; Le Thrace belliqueux lui-même en soupira ; Le Rhodope en gémit , et l'Èbre en murmura. Son époux s'enfonça dans un désert sauvage : Là , seul , touchant sa lyre , et charmant son veuvage , Tendre épouse , c'est toi qu'appelait son amour, Toi qu'il pleurait la nuit, toi qu'il pleurait le jour. C'est peu : malgré l'horreur de ses profondes voûtes , Il franchit de l'enfer les formidables routes ; Et , perçant ces forêts où règne un morne effroi , Il aborda des morts l'impitoyable roi , Et la Parque inflexible , et les pâles Furies , Que les pleurs des humains n'ont jamais attendries. Il chantait ; et ravis jusqu'au fond des enfers , Au bruit harmonieux de ses tendres concerts ,

Et , graviter frendens, sic fatis ora resolvit:

« Non te nullius exercent numinis irae. Magna luis coraissa : tibi bas miserabilis Orpbeus Haud quaquam ob meritum pœnas, ni fata résistant , Suscitât , et rapta graviter pro conjuge sœvit. nia quidem, dum te fugeret per flumina prseceps, Immanem ante pedes hydrum raoritura puella Servantern ripas alla non vidit in herba. 460 At chorus aequalis Uryadum clamore suprêmes Implerunt montes; flerunt Rhodopeiae arces, Altaque Pangaea , et Rliesi Mavortia tellus , Atque Getae, atque Hebrus, et Actias Orithyia. Ipse , cava solans aegrum testudine amorera , Te , dulcis conjux , te solo in litore secum , Te veniente die , te decedente canebat.

Taenarias etiam fauces, alla ostia Ditis,

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