SCÈNE V
ANGELIQUE, LÉANDKE, LOUVE.
XOLIVB.
Eh bienl qu'en dites-vous, mademoiselle? Ne jouons-nous pas bien nos râles ?
A ravir; et vous m'avez extrêmement divertie l'un et l'autre. Il n'y a qu'une chose qui m'a choquée, c'est que tu traites ton martre trop rudement.
LOLtVB.
C'est pour mieux cacher notre jeu. D'ailleurs, je vous avoue que je ne suis pas fâché de prendre un peu ma revanche. Quel plaisir pour un valet de chambre, d'appeler impunément son maître , ma-
rouOe^Ivrogne, coquin, paresseux! Je. rends aujourd'hui à Monsieur les belles épithètes dont il m'honore tous les jours:
LBAJTOBE, riant.
Mon temps reviendra, laisse-moi faire. Haut
supprimons * les discours inutiles. Laissez-moi
jouir, belle Angélique, de la liberté qui me reste
encore de baiser cette main qu'on veut me ravir.
ANGÉLIQUE
N'oubliez pas , au moins, de porter tout les matins un bouquet a ma rnére/
LÛI/IVB.
Vous n'y perdrez pas vos pas, Nicolas.
ANOBLIOTO.
Tout de bon , Léandre, n'étes-vous pas flatté de cette commission?
LÉANDHB.
En vérité, je vous admire. Comment pouvez- vous être assez tranquille pour me plaisanter dans l'état pu nous nous trouvons? Songez-vous que mon rival est sur le point d'arriver?
ANGÉLIQUE
Et de m'épouser , qui pis est; le danger est encore plus pressant que vous ne croyez. Ma mère veut qu'on signe aujourd'hui le contrat, et que la noce se fasse immédiatement après.
LBAMUHK.
Et c'est en riant nue vous m'annoncez cette nouvel le! Ahl cruelle, pourriez-vous consentir i nia perte? Ce sera donc en vain que je vous aurai suivie secrètement depuis Paris jusqu'ici^ que nous nous y serons introduits Loi) ve et moi, rai en qualité de jardinier, moi comme son valet; et qu'à la faveur de son déguisement, je me serai conservé le bonheur devons voir? Une intrigue aussi bien imaginée, si heureusement conduite, n'aura d'autre succès que celui de me rendre spectateur du triomphe de mon rival, et de me réduire au dernier désespoir , tandis que vous vous livrerez tranquillement à l'indigne époux que l'on vous destine! C'est donc là la récompense de ma fidélité? Ce sont donc là les fruits de la foi que nous nous sommes donnée?
ASGBLH}CE. «
Ah! vous voilà monté sur le ton tragique! Il vous sied fort bien ; Léandre , et vous déclamez à merveille; mais je n'aime point ce ton -la. Rentrons dans le naturel. Le péril est presssent, je l'avoue; cependant il n'est pas inévitable. Léandre, je vous aime plus que jamais, et je vous jure, sans emphase et sans exclamation, que je n'aimerai et n'épouserai jamais gue vous. Voilà le premier point de mon discours.