LISETTE, ÉRASTE, ALBERT, OUSPIN
LISETTE
Au secours ! aux voisins i Quel acoiden t terrible 1 Quelle triste aventurel Ah Ciell est-il possible? Pauvre seigneur Albert, que vas-tu devenir? Le coup est trop mortel ; je n'eu puis revenir.
ALBERT
Qu'est-il donc arrivé?
LISETTE
La plus rude disgrâce...
ALBERT
Mais encor faut-il bien savoir ce qui se passa, ultra.
Agathe...
ÉRASTE
| Eh bien! Agathe?
ŒUVRES DE R-BGNARD.
UEBTTB.
Agathe, en ce moment, Vient de devenir folle , et tout subitement.
ALBEHT.
Agathe est folle!
EHA6TE, .
Ah Ciel!
ALBEBT.
Cela n'est pas croyable.
L1SETTK.
Ah! monsieur, ce malheur n'est que trop véritable. Quand, par votre ordre exprès , elle a vu travailler Ce maudit serrurier, venu pour nous griller; Qu'elle a vu ces barreaux et ces grilles paroltre Dont ce noir Forgeron condamnoit sa fenttre. J'ai , dans la inéjne instant , vu ses yeux s'égarer, Et son esprit frappé soudain s'évaporer. £lle tient des discours remplis d'extravagance; Elle court, elle grimpe, elle chante, elle danse. Elle prend un habit , puis le change soudain Avec ce qu'elle peut rencontrer sous sa main. Tout-à-l 'heure elle a mis , dans votre garde-robe, Votre large calotte '.et votre grande robe ; Puis prenant sa guitare, elle a, de sa façon, Chanté différents airs en différent jargon. Enfin , c'est cent fois pis que je ne puis vous dire : On ne peut s'empêcher d'en fleurer et d'en rire.
BKASTE.
Qu'entcnds-je ? .juste Ciel !
Quel funeste
De ce triste accident vous êtes seul l'auteur ; Et voilà ce que c'est que d'enfermer les filles!
Maudite prévoyance , et malheureuses grilles I
LISETTE
J'ai voulu dans sa chambre un moment l'enfermer ; C'étoit des hurlemena qu'on ne peut exprimer : De rage elle battoit les murs avec sa tête. J'ai dit qu'on ouvre tout , et qu'aucun ne l'arrête. Hais je la vois venir.