‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 449 sur 1244 · LA CRITIQUE DU LEGATAIRE, SCENE V · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE DU LEGATAIRE, SCENE V

voir une mauvaise comédie : une moitié de justaucorps fut emportée par la foule, et j'eus bien de la peine à sauver l'autre au milieu des flots de laquais , qui m'inondèrent de cire en sortant, et me brûlèrent tout un côté de ma perruque.

Les auteurs qui ont des habits aussi murs que le votre, monsieur Boniface, ne doivent point se trouver dans le parterre à une première représentation.

LB MABQCIS.

Madame la comtesse a raison: Vous êtes ta un tas de mauvais poètes cantonnés par peloton (je ne parle pas de ceux qui sont avoués d'Apollon-, dont on doit respecter les avis); vous êtes là, dis je comme des âmes en peine, tout prêts à donner l'alarme dans votre quartier, et à sonner le tocsin sur un mot qui ne vous plaira pas. Sont-ce deux ou trois termes hasardés , négligés, ou mal interprétés, qui doivent décider d'un ouvrage de deux mille vers?

LA CGHTBKSB.

Tu te rends, marquis; tu fléchis; tu demandes quartier. Courage, monsieur Boniface; remettezvous; l'ennemi plie; tenez, bon, quand il devrait aujourd'hui vous en coûter votre manteau. Te moques-tu, marquis, de te mesurer avec monsieur Boniface ? C'est le plus bel esprit du siècle ; il a voix délibérative aux cafés; et c'est lui qui fait un livre qui aura pour titre: le Diable partisan, ou l'Abrtgé des soupirs auprès des cruelles.

LE MARQUIS

Hais enfin , vous conviendrez que la pièce est...

LA COMTESSE

Horrible, détestable, archidétestable ; et qu'il n'y a que les eutr'actes qui la soutiennent.

H. BONIFACE

Que voulez-vous dire avec vos entr'actes? il me semble qu'il n'y en a point.

I) n'y en a point! Comment appelez-vous donc ces pirouettes , ces caracoles , ces chaudes embrassades qui se font sur le théâtre pendant qu'on mouche les chandelles? Voilà ce qui s'appette des scènes d'action et de mouvement des plus comiques. Place an théâtre ! haut les bras 1 Demandez plutôt au parterre, je suis sûre qu'il sera de mon avis. Mais je perds ici bien du temps. Mon cher monsieur Boniface, voyez, je vous prie, si mon carrosse n'est point à la porte : de moment en moment je sens que je m'exténue ; je fond s, je péris, je deviens nulle.

H. BONIFACE

Dans nn moment , madame , je viens vous rendre réponse.

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