‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 566 sur 1244 · SATIRE CONTRE LES MARIS · texte numérisé non relu

SATIRE CONTRE LES MARIS

PRÉFACE

Qnelque ohoM que je diae contre le mariage, inondetmIo n'est pas d'eu détourner ceux qni y Hpt portai par une inclination naturelle , msii seulement de faire voir que le» dégoûta et le» ebagrini qui en son i presque inieparoblei

■ kUdemotaelle U)jm b cadette, Ma s Paru en «88 , morte CD mari ITST. igée de ipiatm lingt-dfi au». 1 Supplément anx pqéàa fngtcites rte Hegtnrd.

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chpi Henri Van-Buldcim, en ITIS.pife I9S, tome II, M t< trouvent pu daa< ta deniers édition de sa teuvret.

OEUVRES DE REGNARD

tiennent ponr l'onlrMiniplnlilt du cûlé de* marii que de celui ck's femme* r contre le sentiment de H. Detpréam. J'eipèns qu'en faveur de il csiwe quej 'eu (reprends , on excellera le) défaut* qui se Irouteront dam celte Salira : je me Balte du moin* que les dame* seront piiur mol; et , a l'abri d'ane «1 lllmtre protection , je ne crnim point les traita de la critique la plu» enwnlmée.

Non, chère Eiidoxk, non, je ne puis plus me taire; Je veux te détourner d'un hymen téméraire : D'autres filles , sans toi , vendant leur liberté , Se chargeront du soin de la postérité ; D'autres s'embarqueront sans crainte du naufrage : Hais toi, voyant recueil , sans quitter le rivage, Tu n'iras point, esclave asservie à l'amour, Sous le joug d'un époux t'engager sans retour , Ni , d'un servile usage approuvant l'injustice , De tes biens , de ton cœur lui taire un sacrifice ; Abandonner ton Ame à mille soins divers , Et toi-même , à jamais , forger tes propres fers.

Ne t'imagine pas que l'ardeur de médire Arme aujourd'hui ma main des traits de la satire , NI que par un censeur le beau sexe outragé Ait besoin de mes vers pour en être vengé : Ce sexe plein d'attraits , sans secours et sans armes, Peut assez se défendre avec ses propres charmes ; Et les traits d'un critique affaibli par les ans Sont tombés de ses mains sansforce et languissants. Mon esprit autrefois, enchanté de ses rimes. Lui comptoit pour vertus ses satiriques crimes , Et tivroit avec joie à ses nobles fureurs Un tas infortuné d'insipides auteurs; Mais je n'ai pu souffrir qu'une indiscrète veine Le forçât, vieux athlète, a rentrer dans l'arène; Et que, laissant en paix tant de mauvais écrits. Nouveau prédicateur, il vint, en cheveux gris, D'un esprit peu chrétien, blâmer de chastes flammes, Et, par des vers malins, nous faits-horreur des fem- Si l'hymen après soi trame tant de dégoûts , [ mes. On n'en doit imputer la faute qu'aux époux ; Les femmes sont toujours d'innocentes victimes, Que des lois d'intérêt , que de fausses maximes Immolent lâchement à des maris trompeurs. On ne s'informe plus ni du sang ni des mœurs.

Ciitplu, roux et Manceau , vient d'épouser Julie ;

Il est du genre humain et l'opprobre et la lie :

On trouveroit encore, à quelque vieux pilier.

Son dernier habit vert pendu chez le fripier.

Par ses concussions, fatales à la France,

Il a déjà vingt fois affronté la potence;

Mais cent vases d'argent parent ses longs buffets ;

Avec peine un milan traverse ses guérets . Que faut-il davantage? aujourd'hui la richesse Ne tient-elle pas lieu de vertu, de noblesse? Et , pour faire un époux , que voudroit-on de plus Que dix terres en Beauce , avec cent mille écus?

Regarde DoHIlas. cet échappé d'Ésope , Qu'on ne peut discerner qu'avec un microscope, Dont le corps de travers et l'esprit plus mal fait D'un Thersite à nos yeux retracent le portrait : Que t'en semble , dis-moi ? penses-tu qu'une fille , Qui n'a vu cet amant qu'à travers une grille. Et qui , depuis dix ans , nourrie à Port-Royal , A passé du parloir dans le lit nuptial , Puisse garder long-temps une forte tendresse En faveur d'un mari d'une si rare espèce, Quand la ville et la cour présentent à ses yeux Des Ilots d'adorateurs qui la méritoient mieux?

Mais je veux que du Ciel une heureuse influence Rassemble en ton époux et mérite et naissance : Infortuné joueur, il perdra tous tes biens. Qu'un contrat malheureux confond avec les siens.

Entrons dans ce brelan , où s'arrête à la porte Des laquais mal payés la maligne cohorte. Vois les cornets en l'air jetés avec transport, Qu'on veut rendre garants des caprices du sort ; Vois ces pâles joueurs, qui, pleins d'extravagance, D'un destin insolent affrontent l'inconstance, Et sur trois dés maudits lisent l'arrêt fatal Qui les condamne enfin d'aller à l'hôpital. Pénétrons plus avant. Vois cette table ronde , Autel que l'avarice éleva dans le monde , Où tous ces forcenés semblent avoir fait vœu De se sacrifier au noir démon du jeu.

Vois-tu sur cette carte un contrat disparaître ? Sur cette autre un château prêt à changer de maître? Quel soudain désespoir saisit ce malheureux, Que vient d'assassiner un coupe-gorge affreux ? Mil* fuyoni : Mua va pledi ton* le! parqueta gdirdwent ; De serments tout nouveaux les plafonds retentis- Et , par le sort cruel d'une fatale nuit , [sent ; Je vois enfin Galet à l'aumône réduit.

Sa femme cependant , de cent frayeurs atteinte , Boit chez elle à longs traits et le fiel et l'absinthe , Ou , traînant après soi d'infortunés entants , Va chercher un asile auprès de ses parents.

Harpagon est atteint de tout autre folie. Le Ciel l'avantagea d'une femme accomplie : Il reçut pour sa dot plus d'écus à la fois Qu'un balancier n'en peut réformer en six mois. Sa femme se flattoit de la douce espérance

PO.ESIES DIVERSES.

De voir fleurir cher, elle une heureuse abondance : Elle croyait an moins que deux oo trois amis Pourraient , soir et matin , à sa table être admis; Mais Harpagon, aride, et presque diaphane Par les jeûnes cruels auxquels il se condamne , Ne reçoit point-d'ami s aux dépens de son pain : Tout se ressent chez lui des langueurs de la faim. Si , pour fournir aux frais d'un habit nécessaire , Sa femme Ini demande une somme légère , Son visage soudain prend une autre couleur; Ses valets sont en butte à sa mauvaise humeur : L'avarice bientôt , au teint livide et blême > Sur son coffre de fer va s'asseoir elle-même. Pour ne le point ouvrir, il abonde en raisons : Ses hâtes, sans payer, ont vidé ses maisons ; D'un vent venu du Nord la maligne influence A moissonné ses fruits avec son espérance-, Ou de fougueux torrents, inondant ses vallons, Ont noyé, sans pitié, l'honneur de ses sillons. Ainsi toujours rétif, rien ne fléchit son âme. Pour avoir on habit, il faudra que sa femme Attende que la mort , le mettant au cercueil. Lui fasse enfin porter un salutaire deuil.

Hais pourquoi , diras-tu , cette injuste querelle ? Les époux sont-ils faits sur le même modèle? Aldpp» n'est-il pas exempt de ces défauts ■ Que tu viens de tracer dans tes piquants tableaux ? D'accord. Il est bien fait , généreux , noble et sage ; Mais à se ruiner son propre honneur l'engage.

Sitôt que la victoire, un laurier à la main , Appellera Louis sur les rives du Rhin ; Que des zéphyrs nouveaux les fécondes baleines Feront verdir nos bois, et refleurir nos plaines; Ses mulets importuns, bizarrement ornés, Et d'un airain bruyant partout environnés , Sous des tapis brodés se suivant à la file, A pas majestueux traverseront la ville.. Tout le peuple, attentif au bruit de ces mulets, Verra passer au loin surtout, fourgons, valets. Chevaux de main fringants , insultant à la terre, Pompe digne en effet des enfants de la guerre ! Mais, pour donner l'essor & ce noble embarras, Combien chez le notaire a-t-il fait de contrats! Les joyaux de sa femme ont été mis en gage ; D'un somptueux buffet le pompeux étalage , Que du débris commun il n'a pu garantir, Rentre chez le marchand d'où l'on l'a vu sortir. Pour assembler un fonds de deux mille pistolee , Combien, nouveau protée, a-t-il joué de rôles! Combien a-t-il fait voir que le plus fier guerrier Est bien humble aujourd'hui devant un usurier! Il part enfin , et mène avec lui l'abondance ;

Tout le camp se ressent de sa noble dépense : Des cuisiniers fameux , pour lui fournir des mets , Épuisent chaque jour les mers et les forêts.

Que fait sa femme alors? Dans le fond d'un village Elle va, sans argent , déplorer son veuvage, Dans ses jardins déserts promener sa douleur, Et des champs paresseux exciter la lenteur. On voit, six mois après, tout ce train magnifique , Réduit à la moitié , revenir fbible , étique : On voit sur les chemins l'équipage en lambeaux, Des mulets décharnés, dés ombres de chevaux, Qui , dans ce triste état n'osant presque paraître , S'en vont droit au marché chercher un nouveau mal- Cependant au printemps il faut recommencer ; [tre. Il faut sur nouveaux frais emprunter, dépenser. Mais nous verrons bientôt une liste cruelle Du trépas de l'époux apporter la nouvelle ; Et, pour payer enfin de tristes créanciers , Il ne laisse après lui qu'un tas de vains lauriers.

Il est d'autres maris volages, infidèles. Fatigants , damerets , tyrans nés des ruelles , Qu'on voit, malgré l'hymen et ses sacrés flambeaux. S'enrôler chaque jour sous de nouveaux drapeaux; Qui d'un cœur plein de feuxàleur devoir contraires, Encensent follement des beautés étrangères : Le soin toujours pressant de leurs galants exploits En vingt lieux différents les appelle à la fois.

A gathon dans Paris court à bride abattue : Malheur à qui pour lors est à pied dans la rue! D'un et d'autre côté ses chevaux bondissants D'un déluge de boue inondent les passants : Tout fuit aux environs , chacun cherche un asile ; Avec plus de vitesse il traverse la ville Que ces courriers poudreux que l'on vit les premiers Du combat de Nerwinde apporter les lauriers. Et qui de la victoire empruntèrent les ailes , Pour en donner au roi les premières nouvelles. De cet empressement le sujet inconnu Quel est-il en effet ? Hé quoi ! l'ignores-tu ? Il va , fade amoureux , de théâtre en théâtre, Exposer un habit dont il est idolâtre.

Dans le même moment on le retrouve au Cours ; Hors la file, au grand trot, il y fait plusieurs tours. Tout hors d'haleine enfin il entre aux Tuileries , Cherchant partout matière à ses galanteries. Il reçoit tous les jours mille tendres billets ; Ses bras sont jusqu'au coude entourés- de portraits; On voit briller dans l'or des blondes et des brunes , Qu'il porte pour garants de ses bonnes fortunes : Aux yeux de son épouse il en fait vanité. Il prétend qu'en dépit des J ois de l'équité,

OEUVRES DE REGNARD

5a femme lui conserve une amour étemelle, Tandis qu'il airoe ailleurs, et court de belle en belle. D'autres amours en cor.,. Mais non, d'un teldiscours Il ne m'est pas permis de prolonger le cours : Ma plume se refuse à ma timide veine. Eût. -on cru que le Tibre eût coulé dans ta Seine, Et qu'il eût corrompu les mœurs de nos François, Pour consoler lelthin de leurs fameux exploits ?

Je voudrais bien , Euiioxu, abrégeant la matière. Calmer ici ma bile , et finir ma carrière ; Mais puis-je supprimer le portrait d'un époux Qui , sans cesse agité de mouvements jaloux, Et paré des dehors d'une tendresse vaine, Aime, mais d'un amour qui ressemble à la baine?

Alidor vient ici s'offrir à mon pinceau. Il est da sa moitié l'amant et le bourreau -, Partout il la poursuit ; sans cesse il la querelle-, Il ne peut la quitter ni demeurer près d'elle. L'erreur au double front , le dévorant ennui , Les funestes soupçons volent autour de lui ; Un geste indifférent, un regard sans étude , Va de son cœur jaloux aigrir l'inquiétude. Sans cesse il se consume en projets superflus ; Il voit , il entend tout , il en croit encor plus; Il est, malgré ses soins et ses constantes veilles. Aveugle avec cent yeUx, sourd avec cent oreilles. Chaque objet de son cœur vient arracher la paix ; Marbres, bronzes, tableaux, portiers, cochers, la- C eus m i me qu 'aux déserts de l 'ard e n te Guinée [q u ai s , Le soleil a couverts d'une peau basanée , Tout lui paraît amant fatal à son honneur ; Il craint les héritiers de plus d'une couleur. Qu'un folâtre zéphyr, avec trop de licence, Des cheveux de sa femme ait détruit l'ordonnance , Sa main s'arme aussitôt du fer et du poison ; D'un prétendu rival il veut tirer raison. Si la crainte des lois suspend sa frénésie ,' Pour l'immoler cent fois il lui laisse la vie : Dans quelque affreux château , retraite des hiboux, Dont quelque jour peut-être il deviendra jaloux. Il la traîne en exil comme une criminelle ; Et pour la tourmenter il s'enferme avec elle. Dans ce sauvage lieu , des vivants ignoré, D'un fossé large et creux doublement entouré , Cette triste victime, affligée, éperdue.

Sur les funestes bords croit être descendue , Lorsque U Parque enfin , répondant a ses vœux , Vient terminer le cours de ses jours malheureux. Nomme-moi , si tu peux , quelque mari sans vice , Ma muse est toute prête à lui rendre justice. Sera-ce IMidas . qui met ,. avec éclat , Sa femme en un courent, par arrêt du sénat;

Et qui, trois mois après devenu doux et sage, Célèbre en un parloir nn second mariage? Sera-ce Lisimon . qui , toujours entêté, Convoque avec grand bruit toute la Faculté; Et sur son sort douteux consultant Bippocrate, Fait qu'aux yeux du public son déshonneur éclate? Quel champ , si je partais d'un époux furieux. Qui , profanant sans cesse un chef-d'œuvre des Ose, dans les transports de sa rage cruelle, [dieux, Porter sur son: épouse une main criminelle!

Mais je te veux encore ébaucher un tableau. Remontons sur la scène ,' et tirons ce rideau. Dieux! quevois-je? En dépit d'une épaisse famée, Que répand dans les airs mainte pipe enflammée, Parmi les flots de vin en tous lieux répandu , J'aperçois Trot-taon sur le ventre étendu , Qui , tout pale et défait , rejette sous la table Les rebuts ■ odieux d'un repas qui l'accable. Il fait, pour se lever, des efforts violents; La terre se dérobe à ses pas chancelants; De mortelles vapeurs sa tête encore pleine Sous de honteux débris de nouveau le rentralne; Il retombe, et bientôt l'aurore en ce réduit Viendra nous découvrir les excès de la nuit : Bientôt avec le jour nous allons voir paraître Quatre insolents laquais, aussi soûls que leur maître, Qui, charmés dans leur cœur de ce honteux fracas, Près de Ba femme, au lit, le portent sous les bras. Quel charme, quel plaisir pour cette triste femme De se voir le témoin de ce spectacle infâme, De sentir des vapeurs de vin et de tabac , Qu'exhale à ses côtés un perfide estomac ! Tu frémis : toutefois dans le siècle où nous sommes, Chère Eu dose, voilà comme sont faits les hommes. Quel mérite, après tout , quels titres souverains Rendent donc les maris et si fiers et si vains? Osent-ils se flatter qu'un contrat authentique Leur donne sur les cœurs un pouvoir tyrannique? Pensent-ils que, brutaux, peu complaisants, fa- Avares, négligés, débauchés, ombrageux, [cheux. Parés du nomd'époux ils seront su rS de plaire. Au mépris d'un- amant soumis, tendre, sincère, Complaisant, libéral, qui se fait nuit et jour Un soin toujours nouveau de prouver son amour? Pion, non; c'est se flatter d'une erreur condamnable; Et , pour se faire aimer, il faut se rendre aimable.

Après tous ces portraits , bien ou mal ébauchés , Et tant d'autres encor que je n'ai pas touchés, Iras-tu , me traitant d'ennuyeux pédagogue ,

POESIES DIVERSES

Des martyrs de l'hymen grossir Je catalogue? - Non : dans un plein repos arrête ton destin; C'est le premier des biens de vivre sans chagrin. Si , dans des vers piquants , Juvénal en furie A fait passer pour fou celui qui se marie. D'un esprit plus sensé concluons aujourd'hui Que celle qui l'épouse est plus folle que lui.

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