TALÉ RE
Hais quand d'autres que toi font demander ma Elle refuse tout , et même avec aigreur. [sœur,
DAMON
C'est pour dépayser...
VALÈBK.
N'en dis pas davantage :
Je ne puis plus souffrir un discours qui l'outrage; Et tout autre que toi, dans ce même moment, Verroit à quel excès .va mon ressentiment.
.DAUON.
Tu prends le sérieux?
VALSEZ
•Ai-je tort? ConsJdère Ce qu'un pareil discours dès l'instant même opèn. J'ai cru jusqu'à présent que ma mère m'aimait; Je crayois encor plus, c'est qu'elle m'estimoit; Et tu me fais penser (juge de ma surprise!} Qu'elle ne m'aime point , et qu'elle me méprise.
-DAMON
Oui;mais, par son portrait que je te fais ici, En revanche tu peux la mépriser aussi.
La consolation est grande , je l'avoue 1 C'est un trait merveilleux, et digne qu'on le taie! Vois jusques à quel point f aveugle ton penchant , Et rougis avec moi d'un trait aussi méchant. Nul ne peut t 'effacer par le talent de plaire; Mais tu fais éclater un maudit caractère. Je ne m'étonne plus qu'on s'empresse à te fuir : Tu crois te faire aimer, et tu te fais haïr; Et de tous tes amis, par un sort trop funeste, Je suis presque le seul à présent qui te reste.
DAMON
Parbleu 1 tu le prends là sur un fort joli ton ! Qu'à ton âge il sied mal de faire le Caton ! C'est cequejedisoîsce matin a Julie:
Valère a de l'esprit , mais son esprit ennuie.
VALEU,
Je te suis obligé de ta sincérité.
Tu devrais dès long-temps en avoir profité. C'est pourtant ce qu'on ose appeler médisance , Que dire sur chacun librementce qu'on pense; Chercher le ridicule, et lire au fond des cœurs; Peindre ce qu'on y voit des plus vives couleurs; Discerner les motifs, et peser le mérite; Faire la guerre aux sots, démasquer l'hypocrite : Voilà ce que je fais, je ne m'en défends point. Plût au Ciel que chacun m'imitât en ce point! Oui, cette liberté, cette exacte justice Corrigerait les sots et détruirait le vice.