SCENE II
LISIMON, JULIE, NÉRINÉ.
Oh , oh ! le voilà bien radouci !
JOLIE
Et de quoi, s'il tous platt?
LISIMON.
De ce que tous ne voulez point épouser mon fils , qu'il n'ait le consentement de la Comtesse. Cela me console du mépris que. vous avez pour moi -, car je sais que la Comtesse se croirait déshonorée, si Valère n'épousoit pas sa fille; et, quelques sujets qu'elle ait de se plaindre de lui, elle ne sortira point d'ici qu'il ne soit son gendre. Au fond , elle a quelque raison, car l'affaire â éclaté dans le monde, et toute sa province lui en a fait compliment.
De tout cela je conclus que vous seres charmé que je n'épouse point monsieur votre fils.
Vous n'en devez pas douter ; et c'est vous qui , en feignant de le souhaiter,. m' avez mis, dans la nécessité d'y consentir par, dépit, L'obstacle que vous avez fait mitre fort a propos nous tirera d'affaire vous et moi. Voici la Co/ntessequi vient se plaindre, sans doute , de ce que je donne les mains aux desseins que mon fils a sur vous. Plus elle fera de bruit et d'éclat , plus j'aurai de raisons pour me dédire,, et pour obliger Valère à retourner du côté d'Angélique.
LA COMTESSE, JUUE, ANGÉLIQUE, LISIMON, NERINE.
LA COHTBSSB.
Tenez, ma fille; il faut faire voir à ces gens-là
quia
HÉK1NE, à LIsUuod.
Vous aurez satisfaction, monsieur; je vous Jure qu'elle Va se donner carrière. '
AHGM.IQUB.
Faites-leur bien entendre....
LA COMTESSE
Keposer-vous sur moi. (a Maine.-) Que faites-vous là, ma mie? Sorte/:, s'il vous plaît,' et tout fu pins vite. '■•
JOUI
Et de quel droit la chassez-vous , madame?
LA COMTESSE
De quel droit, ma petite mignonne? Par le droit qu'ont les femmes de ma condition de commander partout où elles sont.
LISIMON.
Madame, vous êtes dans ma maison. Je prétends
queNérine demeure ici. Qu'avez-vousàdlreàcela?
LA COMTESSE
Rien , sinon que vous êtes un pauvre homme , et que vous vous laissez mener comme un oison.
ANGÉLIQUE
De grâce, ne vous emportez point, et venez au fait.
LA COMTESSE
J'y viens, ma fille ; mais vous êtes une sotte , une
imbécile.
JULIE
Ah , madame ! pouvez- vous traiter de la sorte une fille aussi aimable?
LA COMTESSE
Ce ne sont pas là vos affaires. Si elle vous ressembloit , je lui tordrois le cou.
JULIE
Comment donc, madame I prenez garde à «que vous dites.
LISIMON.
Madame la comtesse , je perdrai patience à la fin.
LA COMTESSE
Perdez-la, monsieur, perdez-la; c'est ce que je demande. Nous verrons qui la perdra plus de nous deux.
ANGELIQOB.
Vous m'aviez tant promis de vous modérer.
LA COMTESSE
Est-ce que je ne me modère pas? J'admire mon sang-froid. Si je faisoîs mon devoir, je mettrais ici tout sens dessus dessous. Maïs vous le voulez , ma fille ; il faut être sage et prudente. Je n'ai de volontés que les vôtres. ( Elle pleure. ) Je voua aime trop ; c'est mon désespoir !
LISIMON.
Aurez-vous bientôt fini votre préambule ? De quoi s'agit-il ï
LA C01ITB88B.
De vous taire, et dem'écouter. J'ai souffert vos brusqueries pour l'amour de ma fHle, et de mou procès. Il faut que vous souffriez les miennes à votre tour. Vous le méritez bien. N'avez- vous point de honte de vous laisser gouverner par votre fils, et de souffrir qu'il s'entête d'une petite coquette qui vous fait tourner la cervelle à tous deux.