SCÈNE VIII. tôt
mioistrateur ! et s’il y avait une justice au monde, il y a longtemps qu’il serait receveur.
M. DE BERLAC.
Comment cela ?
MADAME PRESTO
Il en a exercé les fonctions en secret, pour un homme nul et sans talents, qui en avait le titre et les appointements , tandis que lui en remplissait la place, avec un zèle, une intégrité. C’est cette place de receveur particulier qui est maintenant vacante.
. M. DE BERLAC.
Que me dites-vous là ?
H. DE NOIRMONT, bas, à madame Presto.
Y pensez-vous ! cette place que j'ai en vue pour mon gendre !
MADAME PRESTO
Écoutez donc , j’ai aussi une fille à marier.
Voilà qui n'est pas juste , et la justice avant tout ; il aura la place. Son nom ?
MADAME PRESTO
M. Dufour, commissaire au Mont-de-Piété. (Bas, à Dufour.) Vous avez votre place.
M. DE NOIRMONT, bas.
Madame Presto , voilà qui est bien peu délicat.
MADAME PRESTO, de même.
La famille avant tout.
M. DE NOIRMONT, à part.
Je vois bien qu’il faut que je me soigne moi-même. (Haut.) Madame Presto', a-t-on apporté les exemplaires de mon dernier ouvrage ?
M. DE BERLAC.
. Un ouvrage I qu’est-ce que c’est ? et de qui?
MADAME PRESTO
DeM.de Noirmont.
M. DE NOIRMONT
Allez donc , allez donc.
MADAME PRESTO
Un homme très-capable, et qui joint aux plus grands talents le plus beau caractère. Il a été inspecteur général pendant vingt ans, et a donné sa démission pour cause d’économie publique -
Il serait possible !
LA MANIE DES PLACES
MADAME PRESTO
M. deNoirmont! c’est connu, tout le monde vous le dira.
M. DE BF.RLAC , se levanl de table.
Une injustice à réparer ! c’est mon affaire , c’est mon état. ( Allant à M. de Nuirmont. ) Mon ami, j’ai besoin dans mon ministère d’un secrétaire général. Touchez là, je vous nomme. Voilà comme je suis; c’est toujours cela en attendant mieux.
N. DE NOIRHONT.
Ah, monseigneur! une pareille faveur...
Dl'FOLR , à madame Presto.
Monseigneur ! que dit-il ?
M. DE NOIR MONT
C’est le ministre lui-même.
• JLL1F.TTE.
Un ministre dans la maison ! moi qui n’en ai jamais vu.
MADAME PRESTO
Ah , monseigneur ! votre excellence me pardonnera-t-elle la liberté , la familiarité avec laquelle je vous ai parlé? Moi, d’abord, je dis tout ce que je pense.
Il n’y a pas de mal. Qu’ils sont doux , qu’ils sont inappréciables les avantages de l’incognito ! Un ministre doit tout entendre et tout voir par lui-même ; c’est le seul moyen de connaître la vérité et de faire des choix estimables. M. Presto sera cuisinier du ministère, M. Dufour receveur des finances, et M. de Noirmont secrétaire général.
TOUS , s'inclinant.
Ah , monseigneur !
M. DE BERLAC.
C’est bon ; je n’exige rien, que votre estime, votre amitié, et une prise de tabac. En usez-vous ?
ni FOI R , lui donuant une tabatière d’or.
En voici , monseigneur.
M. DE BERLAC, prenant la tabatière.
C’est bien. ( Il prend une priie , et dit en rêvant : ) Je Suis fàChé d’être ministre, à présent; si je n’étais pas ministre, je me serais fait nommer directeur général des droits réunis.
M. DF. NOIRMONT, s’approchant.
Y pensez-vous?
M. DE BERLAC, froidement.
C’est agréable, on a toujours du bon tabac.