ACTE I, SCÈNE III
Aussi , malgré tout l'amour qu'elle inspire ,
Le plus hardi u’eùt osé s’avancer ;
Car , pour tenter de la séduire ,
C'était par moi qu’il fallait commencer.
La pauvre enfant, grâce au ciel, n’a rien à sc reprocher, et elle me disait hier encore, en caressant le petit Alfred, son fils...
SALSBACH.
O ciel ! vous seriez grand’tante !
MADAME BARNECk.
D’un enfant beau comme le jour.
SAI.SUACH.
Miséricorde ! voilà du nouveau.
Un enfant dont je raffole , je ne peux pas vivre sans lui ; c’est moi, monsieur, qui suis sa marraine.
SALSBACn.
J’y suis. Vous si bonne , si indulgente ! vous avez pardonné à votre nièce.
MADAME BARNECK.
Lui pardonner ! Et quoi donc ! Est-ce sa faute si le baptême est venu avant les fiançailles? est-ce sa faute si un rapt, un enlèvement ?... Ne parlons pas de cela ; car je me mettrais en colère ; et depuis trois ans, je ne fais pas autre chose. Je serais morte de chagrin, sans le désir d’obtenir justice, et de désoler ces grands seigneurs, ces barons que je ne puis souffrir. Il n’y avait que cela qui me soutenait. Je me suis d’abord adressée à l’ancien ministre, au vieux .Malzen.
SALSBACH.
C’était bien; c’était la marche à suivre.
MADAME BARNECk.
Croiriez- vous qu’il a eu l’audace de me répondre, en l’absence de son fils, qui voyageait alors en Italie, que si réellement le jeune homme s’était oublié avec une petite bourgeoise, il ne se refuserait pas à payer des dommages et la pension d’usage.
SALSBACH , avec colère.
Une pension ! des dommages-intérêts , pour réparer... !
MADAME BARNECK , vivement.
Oui, monsieur, ce qui est irréparable. Je répondis que les Uarneck , enrichis par le travail et le commerce , valaient un peu mieux que les Malzen, barons ruinés par l’orgueil et la paresse.
fe
LOUISE
SALSRACn.
A la bonne heure.
MADAME BARNECK.
Que c'était moi qui croyais me mésallier en faisant un pareil mariage ; mais que je voulais qu’il eût lieu pour rendre l’honneur à ma nièce, un rang à son. fils, car je veux que mon filleul soit baron. Ce cher enfant, il le sera.
SAI.SBACII.
Vous qui ne les aimez pas?
MADAME BARNECK.
Ah ! dans ma famille , c’est différent.
SALSBACH.
Et M. de Malzen...
MADAME BARNECK.
Se permit de m’envoyer promener.
SALSBACH.
L’insolent!
MADAME BAUNECK.
Moi, je menaçai d’un procès.
SALSBACH.
Il fallait commencer par là. Un procès ! et je n’y étais pas ! Comme je l’aurais mené! J’y aurais mangé sa fortune et la vôtre.
MADAME BAUNECK, lui prenant la main.
Ah , mon ami !
SALSBACH.
Voilà comme je suis ! C’est dans ces cas-là qu’on se retrouve.
MADAME BAUNECK.
En votre absence, je lis marcher les huissiers; on plaida, et, en moins d’un an , je gaguai eu deux instances.
SALSBACH.
Bravo ! je n’aurais pas mieux fait.
Air : Un humme pour faire un tableau.
'Le bon droit enlin l’emporta.
MADAME BARNECK.
Mais par une chance fatale,
Le vieux baron nous échappa ;
Il était mort dans l’intervalle.
J’ai toujours , je le connaissais ,
Des soupçons sur sa fin précoce;
Et je crois qu’il est mort exprès
Pour ne point paraître à la noce. '