‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 275 sur 414 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

DECOUDRAI.

Un bon pays, n'est-il pis vrai? un air pur; et puis vous qui êtes connaisseur... ( regardant Camille ) on y trouve de jolis points de vue.

ALPHONSE , froidement.

Superbes , euinnie vous dites ; ceux surtout dont la nature a fait tous les frais.

DECOUDRAI, à paît.

Est-il béte ! il ne comprend pas. ( Haut. ) Mais il me semble que seul , à votre âge , dans votre château , vous devez bien vous ennuyer ?

ALPHONSE

Je ne m'ennuie jamais... quand je suis seul.

MADAME DUMESN1L.

C'est comme ma tille ; c'est ce qu'elle me disait encore ce matin , parce qu'une bonne femme de ménage trouve toujours à s'occuper; et vous ne croiriez pas, monsieur, que cette chère enfant fait tout dans la maison.

CAMILLE , bas à sa lu i •.

Mais tais-toi donc.

DECOUDRAI.

Et puis quelqu'un qui , comme vous, a été élevé à Paris , doit aimer les arts , doux charme de la vie... Monsieur joue peut-être du violon ou de la flûte.'

ALPHONSE

Fort mal ; mais je cultive les arts pour moi , et uon pour les autres.

MADAME DIJIESN1L.

C'est comme ma fille. Je lui ai toujours dit : Il faut a\oir des talents et ne jamais les montrer. Aussi, monsieur, elle a dessiné dernièrement une tète de Romulus ; une tète admirable , qui mériterait l'exposition. Eh bien, personne ne l'a encore vue que moi , son père et ses quatre frères; car son parrain même n'en a pas eu connaissance.

DECOUDRAI.

C'est ma foi vrai , et c'est très-mal à toi.

MADAME DUMESN1L.

Allons, Camille , va donc chercher ton portefeuille, pour montrer à ton parrain.

ALPHONSE, à part.

J'y suis, c'est le parrain qui est le compère.

MADAME DIMESML.

Et puis, monsieur, qui est connaisseur, te donnera son avis.

CAMILLE

Mais non , maman, y pensez-vous?

MADAME DIMESML.

Mais si , mademoiselle. Je le veux ; allez chercher voire dessin , cette tète de Romulus.

CAMILLE

Elle était affreuse, je l'ai déchirée.

MADAME DUMESML, bas, à son mari.

Elle a déchiré sa tète de Romulus.

M. DIMESML, croisant ses mains d'un air de désespoir.

Allons!

MADAME DUMESML.

Mais au moins tu pourrais nous faire entendre cet air nouveau ; justement on est venu hier par hasard accorder ta harpe.

DLCOCDRAI.

Ça se trouve à merveille.

CAMILLE

Ah , mon parrain ! je vous en prie.

ALPHONSE

Je serai enchanté de juger des talents de mademoiselle ; je suis

seulement fâché qu'elle n'ait point en moi un auditeur plus digne

de l'apprécier.

CAMILLE, à part.

Dieu ! qu'il a l'air moqueur ! je n'y tiens plus , je suffoque. ( Bas, à sa mère. ) Par grâce , ne me fais pas chanter, c'est capable de me faire pleurer.

MADAME DIMESML.

Allons, rien ne nous réussit. ( Voyant Baptiste, qui arrive. ) Par

bonheur, voilà le déjeuner; je les mettrai à côté l'un de l'autre. SCÈNE IX.

LES PRÉCÉDENTS; BAPTISTE, la serviette sous le bras.

BAPTISTE

Madame, vous êtes servie.

M. DIMESML.

J'espère que monsieur de Luceval voudra bien partager le déjeuner de famille?

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