VIII. — RÉFLEXIONS
Je te vois bien, toi, avec ton bonnet rouge. (BunKE. — I.a Femme folle.)
Marcel fut tout d'un trait jusqu'au plus épais d'un fourré; là il s'assit pour rêver à tout ce que venait de lui dire Crâo... Puis, ne pou\ant garder la même position, il se leva et se prit à marcher à grands pas, tant son esprit était violemmeut agité.
Le malheureux repassait dans sa tête les moindres occasions où il s'était trouvé avec Hortense, et sa mémoire les lui retraçait avec une lucidité merveilleuse. Il se souvenait du inoindre mot, du moindre geste, du moindre regard... Aussi, tantôt il s'abandonnait aux élans d'une folie joie, tanlôt accablé, la tête penchée, il sentait son cœur se gonfler.
La conduite d'Ilortense à son égard avait été pourtant toute naturelle. Au château de Lussan, habitué qu'on était de traiter Marcel comme un enfant, il était tout à fait saris conséquence à cause de son âge et de son caractère. Conmie tous ceux qui ne le connaissaient pas, Hortense s'en était amusée, de loin, si l'on peut s'exprimer ainsi, comme une jeune fille s'amuserait avec un loup enchaîné; puis après, l'indift'érence avait succédé à la curiosité, et presque le dédain à l'indifférence; car Hortense, habituée qu'elle était aux manières polies, distinguées, aux recherches de toilette les plus minutieuses des hommes de la société, devait plus que personne éprouver une antipathie pour ce jeune liomme rude et grossier.
Une femme moins frivole et moins légère eût peut-être codé au désir de lire dans ce cœur si jeune et si neuf, et d"y voir éclore des sensations fortes et naïves : mais de telles fenunes sont rares, et, il faut l'avouer, des amans comme Marcel offrent peu d'attraits; enfin Hortense était peut-être la femme qui dut sentir l'éloignement le plus prononcé pour Marcel.
Et pourtant Crùo avait interprété sa conduite avec unm malice infernale, en changeant en un sentiment tendre l'accès do curiosité que le caractère singulier de Marcel avait un instant fait naître chez Hortense, et en démontrant à ce malheureux que l'indifférence et le dégoilt qui avalent suivi n'étaient autre chose que le déiiit qu'éprouvait madame de Cérigny devoir ses avances rejolées.
Le premier espoir d'être aimé mettait Marcel hors de lui;
CRAO.
sans positivement croire ce que le bossu lui avait dit, il ne pouvait se refuser à l'évidence des faits. Ce maudit bossu avait encore tiré le meilleur parti possible do la beauté do Marcel dans le portrait qu'il en avait fait. L'amour-pro[iro, l'ignorance du monde, les désirs, le sentiment vague du supériorité qu'il ressentait parfois, finirent sinon par persuader Marcel que madame Cérigny s'occupait do lui, au moins à no pas lui faire envisager un tel amour connue chiniéricpie. Avec un caractère comme cekii do Marcel, c'était déjà un pas innnense... Toutefois, toujours d('(ian(, il se promit d'attendre et do ne pas livrer sou secret avant d'avoir do nouvelles preuves.