‹ Œuvres choisies de Eugène SueChapitre 31 sur 68 · LE DUC DE SERDA · texte numérisé non relu

LE DUC DE SERDA

Vraiment, marquis, un tel sauvage ciisto?

LE JIARQUIS.

S'il existe, je le crois bien, pardieul II avait dit h cette femme : « Je vous aime beaucoup, je vous serai très fidèle; mais si vous me trompez, mais si vous me quittez, je vous battrai à outrance , car la passion no raisonne pas. a Or, comme c'est une espèce de taureau, la pauvre lemmoa eu une peur horrible, elle a hésité longtemps à le quitter, mais à la fin...

SERPENTINE

Vous jugez, d'après ça, combien la duchesse avait hSte de se défaire d'un tel animal. Heureusement elle se souvint de la comtesse de Surville, sa plus mortelle ennemie, avec qui elle avait conservé quehiues relations amicales, afin d'être toujours à porttJc de lui faire une noirceur, ce qu'une brouille complète n'aurait pas permis. Elle s'en rapprocha donc.

DES BOCHES

Voilà une femme de prévision.

SERPENTINE

Madame de Surville se tint sur ses gardes, mais la duchesse est fine. Madame de Sui'villo avait une nièce à marier. La duchesse se mil à lui parler sans cesse de cette nièce, lui disant qu'elle avait un excellent parti pourelle.»

Enfin, ello lui proposa... devinez qui?... Montall C'était atroce!

BIONTAt.

Moi? quelle plaisanterie !

SEBPERTINE.

Vous n'en avez rien su7 mais cela est ainsi, du moins selon le récit du petit Sainval : cherchez-lui qufrelle si vous voulez, je elle mes auteurs. A cette proposition de la duchesse, madame de Surville se dit : «Je le devine; tu me hais, tu voudrais faire le malheur de ma nièce en la mariant à Montai. C'était pour cette scélératesse que tu voulais te rapprocher de moi; je ne serai pas ta dupe. » La duchesse avait frappé juste; en éveillant la défiance de madame de Surville à l'endroit de sa nièce, elle l'empêchait de songer à se garantir de Préval, dont elle voulait l'empêtrer.

LB PHINCE CASTELLI.

■Peste I quelle lacticienne consommée I

LE HAJOR BBOWN.

Cette fausse attaque est très habile.

SERPENTINE

La duchesse, prenant alors son air tonne femme, se met peu à peu en confiance avec madame de Surville, et finit par loi avouer sa passion pour Préval, le plus charmant, le plus délicat, le plus tendre des amans: ajoutant qu'elle serait la plus infortunée des femmes s'il l'abandonnait jamais. «Je te tiens, pensa madame de Surville; tu as voulu me frapper dans ma nièce, moi je te frapperai dans ton charmant Préval!... » Et, la sotte aveugle, de coqueler ouvertement avec ce goliath !

DES ROCHES

Ahl la malheureuse!

SERPENTINE

Vous voyez d'ici la joie de la duchesse; de son côté elle s'était étudiée à se rendre insupportable à Préval. Il s'agit de porter les derniers coups. Un matin, elle arrive chez madame de Surville, fondant en larmes, lui disant qu'elle s'est aperçue de son bon vouloir pour Préval; qu'elle s'adresse à son cœur, à sa générosité, car l'infidélité de Préval la tuerait. Ceci décide madame de Surville h tuer immédiatement la duchesse, s'il est possible; elle redouble d'agaceries envers Préval; il en profite, cl un beau jour madame de Surville se trouve bel et bien empêtrée du sauvage. S'apercevoir de la valeur de son choix, en enrager, reconnaître la perfidie de la duchesse et lui vouer une haine de femme, ce fut tout un pour madame de Surville. Aussi la duchesse disait-elle à tout le monde, de son petit air candide et étonné : «5Ion Dieu! je ne sais pas ce que cette pauvre madame de Surville a contre moi, elle me lance des regards foudroyans depuis qu'elle est bien avec monsieur de Préval; on dirait que c'est de ma faute? »

C'est charmant !

SERPENTINE

Ce n'est pas tout : madame de Surville, furieuse, a voulu rompre avec Préval; mais celui-ci, en manière d'allégorie sans doute, lui a rompu un doigt pour commencer. Voilà pourquoi la porte de madame de Surville est fermée depuis trois semaines; or, comme Préval esta cette heure parfaitement ébritiié, elle ne trouvera d'ici longtemps personne pour l'en débarrasser.

SAINTE-LUCE

11 faudra qu'elle attende l'occasion de quelque innocente étrangère.

BAUDRicocRT, très piquê.

Bahl bahl c'est un conte fait h plaisir sur ma cousine ; Serpentine est si méchante

LE SIABQCIS.

Ma foi! mon cher, si cola n'est pas vrai, c'est dommage; mais tout à l'heure, quand les gens auront desservi, je vous raconterai une histoire conjugale qui vaut au moins celle de Serpentine.

SERPENTINE

A propos de mariage, sais-tu bien, mon cher marquis, qu'il n'y a pns un homme au monde qui porte Vhymmée aussi bien que loi ? Et pourtant tu as donné des inquiétudes, de grandes inquiétudes à tes amis.

LORD FITZ-HEBALD.

Le fait est, cher marquis, que votre mariage a été pendant quinze jours le sujet de toutes les conversations. Alors j'étais à Londres, c'a été un événement. Il y a eu chez Crokford jusqu'à trois mille guinées engagées contre ce bruit, qu'on disait faux.

LE PRINCE CASTELLI

Moi, j'étais à Milan, l'on ne parlait que do cela. « Le marquis de Beauregard se marie, disaient les femmes ; puisse notre sexe être enfin vengé! » Car, je ne vous le cache pas, marquis, eu Italie vous avez à la fois la plus détestable et la plus admirable réputation.

SAINTE-LCCE.

Le mariage! le mariage! ah! c'est l'écueil des gens à bonnes fortunes. Pour eux, il n'y a pas hésiter; il faut qu'ils trompent ou qu'ils soient trompés?

LE MARQUIS

Que préféreriez-vous, mon cher, être trompeur ou trompé ?

SAINTE-LUCE

Ma foi ! c'est embarrassant, car les deux alternatives ont leurs charmes pour un homme marié...

CLARISSE

Leurs charmes?

SAINTE-LCCE.

Sans doute ; s'il est trompé, il peut être sublime de générosité; s'il trompe, rien de plus amusant que les infidélités.

LE MARQUIS

A propos de cela, messieurs, voici une question à résoudre. Une femme a un amant...

SERPENTINE

Oh! que c'est commun?

LE BIABQUIS.

Elle lui est fidèle.

SERPENTINE

C'est encore plus commun.

LE MARQUIS

Lequel de l'ancien ou du nouvel amant a la position la plus flatteuse?

DAUDRICOURT.

Cela n'est pas discutable : le nouveau, sans contredit, le nouveau 1

MONTAL.

Non, l'ancien... l'ancien

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